<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0">	<channel>		<title>[blog.toutlecine.com] jorje : <![CDATA[watch in progress]]></title>		<link>http://jorje.blog.toutlecine.com</link>		<description><![CDATA[watch in progress]]></description>		<language>fr</language>		<copyright>Copyright (c) 2006, Hi-pi</copyright>		<generator>Hi-pi RSS 2.0 generator</generator>		<docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>		<pubDate>Wed, 28 May 2008 17:03:46 +0200</pubDate>		<item>			<title><![CDATA[Question de saison]]></title>			<description><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>La glace a fondu mais c'est
encore la saison du patin</em></p>
<p> </p>
<p>Vous avez pu le constater (ou pas), ça fait un bail
depuis le dernier article. Les beaux jours, d'autres sujets de
préoccupation, tout ça, et surtout, après un
début d'année qui bien que correct, ne cassait pas
trois briques à un canard, un invraisemblable creux
cinématographique dans l'actu salles. Pour ma part, il n'ya
que <strong>[REC]</strong> depuis presque 2 mois qui m'ait fait
envie, et si le film remplit son contrat, on ne peut pas dire non
plus qu'il fera à lui seul du printemps 2008 une belle
saison de cinéma.</p>
<p> </p>
<p>Ce fut l'occasion de pour moi de raccrocher les wagons avec
quelques séries qui ne font pas de mal au cerveau, comme le
(sympatique) sitcom <strong>How I Met Your Mother</strong>
ou la (navrante) saison 4 de <strong>Desperate
Housewives</strong>. On jugera <strong>Lost</strong> dans
quelques jours, une fois le season finale passé, cette
courte saison 4 n'ayant, jusque là, été qu'en
partie à la hauteur de la précédente.</p>
<p> </p>
<p>Ce fut également l'occasion de constater que l'automne
2007 avait été une bien belle saison, en voyant
arriver dans les rayons de mon vidéo-club
préféré des films qui sont tout simplement les
meilleurs vus l'an dernier. Parmi eux, je vous encourage à
voir ou revoir cette petite sélection :</p>
<p>- dans la catégorie "nouvel âge d'or de la
comédie US", les deux merveilles de l'écurie Apatow
que sont <strong>En Cloque, mode d'emploi</strong> et surtout
<strong>Supergrave</strong>, aussi drôles et audacieuses
qu'émouvantes, deux films qui aident à vivre et qui
dépassent de loin l'étiquette d'ode aux "freaks &
geeks". Comme piqués au vif, détrônés
sur leur propre terrain, on aurait dit que les Farrelly avaient
à coeur de répondre avec un esprit trash qu'on ne
leur connaissait plus. <strong>The Heartbreak Kid</strong> est en
effet leur comédie la plus noire, où leur humour
slapstick maso ne fait que traduire une vision extrêmement
sombre de l'existence (tout arrive toujours à contre-temps,
le bonheur est inaccessible), que seul l'humour permet de
supporter. Enfin, dans un registre plus léger, <strong>Les
Rois du patin</strong> est probablement la meilleure
entrée dans la filmo de Will Ferrell, puisque
cette très drôle parodie de film de sport reprend un
canevas classique qui la rend plus accessible que des monuments de
non-sens tels que <strong>Ron Burgundy</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>"Love Hurts" : l'accroche
très amère du dernier Farrelly. Drôle, vraiment
?</em></p>
<p> </p>
<p>- dans la catégorie "grands auteurs", prenez-vous une
leçon de mise en scène avec le dernier Sydney Lumet,
<strong>Before the Devil Knows You're Dead</strong> (faites-moi
grâce du titre français), accompagné de la
ressortie du colossal <strong>The Offence</strong> ; une
leçon de variation sur le thème du bien et du mal
avec le dernier Woody Allen, <strong>Le Rêve de
Cassandre</strong> ; une leçon de profondeur symbolique avec
le dernier Cronenberg, <strong>Les Promesses de l'Ombre</strong>,
où l'on se régalera de la façon dont le
Canadien déploie son film et sa réalisation sur le
thème des couches superposées, de la surface des
choses et de ce qu'elles cachent...</p>
<p> </p>
<p>- dans la catégorie "films de festival", lancez-vous de
ma part dans ce magnifique drame coréen qu'est
<strong>Secret Sunshine</strong>, film complètement
bouleversant d'une humanité et d'une noirceur égales
au génie de son interprète féminine ; regardez
<strong>Paranoid Park</strong> de Van Sant avec l'idée que
c'est un film sur la découverte de l'homosexualité,
la culpabilité et le sentiment de déchirement
intérieur qui en découlent (c'est très
explicite) ; donnez une chance au barré
<strong>Steak</strong>, de Quentin Dupieux, qui recèle les
prémisses d'un univers artistique absolument remarquable ;
et guettez la sortie du thaïlandais <strong>Syndromes and a
Century</strong>, de l'imprononçable membre du jury à
Cannes cette année Apichatpong Weerasethakul, le genre de
film où l'on ne comprend rien mais dont la puissance du
discret dispositif de mise en scène pourra toucher les
spectateurs les plus ouverts ou exigents, à l'instar des
images de <strong>Lumière Silencieuse</strong> de Carlos
Reygadas.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>LE grand drame de 2007.
Grand film tout court, à ne pas manquer en DVD.</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>- enfin, dans la catégorie "film de
genre", réparez l'injustice causée par
l'accueil réservé à <strong>A
Vif</strong> de Neil Jordan, belle et intéressante
réflexion sur la morale, la dualité de l'individu et
son libre arbitre, et contrairement aux accusations de
film facho qui n'ont pas manqué, film humaniste qui incite
à la réflexion sur ce qui nous sépare de
l'inconcevable ; contribuez à donner à
<strong>Stardust</strong>, l'élégante et emballante
comédie d'aventures de Matthew Vaughn, le statut culte
qu'elle mérite, à l'instar de son illustre
modèle <strong>Princess Bride</strong> ; prenez-vous la
baffe de l'année devant la première
heure du <strong>Halloween</strong> de Rob Zombie, dont la
mise en scène est en train de choper une puissance et une
ampleur hallucinantes ; et faites-vous un petit plaisir sadique en
montrant <strong>A L'intérieur</strong>, dont l'audace
compense facilement les quelques défauts, à une
copine enceinte, gniark gniark...</p>
<p> </p>
<p>Parmi les absents de cette liste, les films sortis plus
tôt en DVD, ceux qui ne le sont pas encore, ceux que j'ai
manqués (Beowulf !!!), ceux qui ont déjà
bénéficié d'un gros buzz... et ceux qui ne le
méritent absolument pas. Pour le plaisir, vous pouvez
éviter de ma part (ou au moins je vous aurai
prévenus) : <strong>American Gangster</strong>, charrette
à Oscars de Ridley Scott (manqué !) et film de
gangster le plus mou du monde ; <strong>L'Assassinat de Jesse
James...</strong> , prototype de la boursouflure arty qui n'a rien
à dire, mais qui le camoufle derrière 3h de "belle
image", d'intrigue fumeuse, de Performance d'acteurs et de
décors Maisons et travaux spécial western ;
<strong>La Nuit nous appartient</strong>, polar shakespearien
tellement affecté et résigné qu'il
s'écroule sous son propre poids, et ne vaut que pour sa
première et sa dernière scène ; ainsi que
les purges ultimes que sont <strong>Clerks 2</strong>, <strong>La
Faille</strong>, <strong>Blood Diamond</strong>,
<strong>Pathfinder</strong> (encore que le dernier soit presque
rigolo)...</p>
<p> </p>
<p>Enfin, réjouissez-vous avec moi mes frères, de
voir avec la fin du festival de Cannes et le début de
l'été l'arrivée de grosses machines (et je ne
parle pas que de blockbusters, je compte bien aller voir le
Desplechin par exemple).</p>
<p>Je sais, ça commence plutôt mal avec cet
<strong>Indiana Jones 4</strong> qui déçoit à
peu près autant qu'il intrigue, mais on en reparlera dans un
prochain article...</p>
]]></description>			<link>http://jorje.blog.toutlecine.com/3476/Question-de-saison/</link>			<comments>http://jorje.blog.toutlecine.com/Question-de-saison-28052008-142528-lp-3476.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://jorje.blog.toutlecine.com/3476/Question-de-saison/</guid>			<pubDate>Wed, 28 May 2008 14:25:28 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Action sous perfusion]]></title>			<description><![CDATA[<p>Enfants des eighties, biberonnés aux Schwarzy, Sly,
Jean-Claude et autres machos musculeux de la grande époque,
vous vous demandez peut-être comme moi : que faire du
cinéma d'action aujourd'hui ? Suivre la tendance, tirer un
trait sur un genre déprécié et ranger
honteusement les DVD dans un carton au fond du grenier, pour
éviter que votre bambin ne vous prenne, plus tard, comme un
ringard attardé du bulbe ? Vivre dans le culte rigolard et
lucide d'une époque révolue, et revisionner
<em>Terrain Miné</em> et <em>Invasion USA</em> avec quelques
potes pervers lors de soirées pizza-bière ? Rester
fidèle à votre passion de la tatane et suivre, avec
la complicité de votre vidéo-club
compréhensif, l'évolution de la masse
pondérale de Steven Seagal dans ses coproductions roumaines
? Ou regarder, détaché mais curieux, ce que devient
le genre aujourd'hui ? S'agissant des trois premières
options, je vous laisse choisir, la quatrième fera l'objet
des élucubrations qui vont suivre. Au bout d'un petit (et
modeste) historique du genre, il sera temps
d'évoquer le <strong>meilleur film d'action de
2007</strong> selon moi, et je suis sûr que ce n'est pas
celui auquel vous pensez !</p>
<p>(ceux qui vont lire directement le dernier paragraphe sont de
mauvais joueurs)</p>
<p> </p>
<p>Bon. Pour commencer ce sujet, un tel raisonnement par genre
supposerait au préalable une définition de ce
dernier, un petit champ d'investigation bien clôturé,
mais ceux qui se sont déjà posé la question
savent que comme une grande partie des genres
cinématographiques, les films d'action sont moins
aisément réductibles à une série
d'éléments constitutifs
figés (héros unique, résolvant un conflit
par la force ou les armes, quantité de scènes
spectaculaires, psychologie secondaire...) que dilués dans
la masse du cinéma de genre, et tantôt
marqué par des films archétypaux, tantôt
infiltrant d'autres genres (science-fiction, aventures, guerre,
comédie, policier, thriller, espionnage...). Je laisserai
donc à plus érudit (un archiviste, par exemple) le
soin d'une définition, me contentant d'évoquer
quelques jalons du film d'action de ces dernières
années, pour mieux comprendre ce que nous disent certains
films sortis l'année dernière.</p>
<p> </p>
<p>Une décennie en enfer</p>
<p>Commençons par rappeler que les cinéastes ayant
donné ses quelques lettres de noblesse au cinéma
d'action se font à l'heure actuelle plus que discrets.
Dès les début des années 90, le cinéma
d'action traditionnel (comprendre : où un gros bras
dézingue des méchants) semblait
atteindre ses limites en terme de renouvellement,
hum, "artistique". John McTiernan, qui aura toujours un temps
d'avance sur l'évolution du genre et sera à l'origine
de ses principales inflexions (parfois au détriment de la
réussite commerciale de ses films), le comprend.
Après avoir exploité le physique hors-normes de
Schwarzenegger au premier degré (<em>Predator</em>, 87) et
imposé une nouvelle norme de héros d'action,
average guy goguenard et vulnérable (<em>Die Hard</em>, 88),
il imagine le dernier d'entre eux, le <em>Last Action
Hero</em> (93), dans une semi-parodie qui scellait, peut-être
un peu trop tôt pour le public, la fin d'une ère. Son
retour au genre ne se fera alors qu'au prix d'une refonte formelle
(<em>Die Hard 3</em>, 95) qui annonce, là encore de
façon visionnaire, le virage réaliste et
"caméra à l'épaule" qu'allait prendre le
cinéma d'action des années plus tard. Cela
n'empêche pas le succès, franchise oblige,
mais l'échec de l'incursion précoce de McT dans
l'épique (<em>Le 13e Guerrier</em>, 99), comme celui de son
brûlot anti-spectacle qui suivit (<em>Rollerball</em>,
02), témoignent de la distance grandissante entre le
cheminement du réalisateur et les attentes du grand
public. Aujourd'hui, bientôt 10 ans après <em>Le 13e
Guerrier</em>, on lui souhaite de sortir d'une
traversée du désert personnelle et professionnelle
douloureuse, et de nous revenir avec une bonne vieille claque dont
il a le secret.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><em> McT : pour le genre, une
vraie tête de porte-bonheur. Hélas, ça n'est
pas réciproque.</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Un autre grand réalisateur associé à
l'action hollywoodienne des années 80-90, James Cameron, a
lui aussi connu une décennie de quasi-inactivité
cinématographique (volontaire cette fois) après
<em>Titanic</em> (98). Cameron a certes moins oeuvré dans le
genre pur et il l'a moins façonné par sa mise en
scène que McTiernan, mais il a permis, par ses ambitions
pharaoniques associées à ses thématiques
récurrentes (l'angoisse du futur et de la technologie,
l'amour au-delà du temps, la
maternité...), d'amener le film d'action vers des
rives plus universelles, attirant un public notamment
féminin qui apprécie ses personnages de femmes fortes
et libres. De sorte qu'aujourd'hui, et avant un <em>Avatar</em> qui
devrait être l'évènement de 2009, il n'est plus
considéré comme un réalisateur de blockbusters
bourrins comme du temps de <em>T2</em>, mais bien comme un auteur
à part entière. Enfin, Paul Verhoeven, qui a
donné au genre des oeuvres phares à la croisée
de la SF, a quitté le champ du blockbuster hollywoodien
depuis <em>Hollow Man</em> (2000). Leur a succédé, en
quelque sorte, un John Woo qui aura juste eu le temps
d'imposer sa patte (<em>Volte/Face</em>, 97) avant que
celle-ci ne soit récupérée par un Tom Cruise
en retard sur les modes (<em>M:I 2</em>, 00). Ses compatriotes Tsui
Hark, Ringo Lam et Kirk Wong ne connaîtront même
l'honneur d'un projet international d'envergure. Après
Woo, rares furent les réalisateurs reconnus
principalement pour leurs films d'action à faire
positivement évoluer le genre...</p>
<p> </p>
<p>When the moguls follow the
trawler...</p>
<p>En réalité, on se rend compte que le cinéma
d'action le plus typique, genre populaire par excellence, est
logiquement davantage incarné par des producteurs que des
cinéastes. Si Joel Silver reste le producteur
emblématique du genre, à l'origine de nombreux hits
en continu depuis <em>48 Heures</em> (82) jusqu'à <em>L'Arme
Fatale 3</em> (92), l'esthétique 80's et le mélange
de violence et de décontraction des buddy
movies à la Silver se font supplanter au milieu des
années 90 par les productions d'un certain Jerry
Bruckheimer. Comptant sur ses poulains Tony Scott et surtout
Michael Bay, Bruckheimer va imposer sa patte grandiloquente aux
blockbusters des années 90 : images triturées en
postprod, montage épileptique, surenchère logistique
et pyrotechnique, tonalité volontiers pompière
et racoleuse... Si le public suit ces grosses machines,
artistiquement, beaucoup parlent de dérive du cinéma
pop corn. Avec le recul, on pourra y voir un certain esprit
expérimental assez stimulant, où les personnages
deviennent moins importants que l'espace, le décor, le
plan (dans tous les sens du terme, topographique comme
cinématographique). Le cerner pour Scott, l'exploser pour
Bay.</p>
<p>  </p>
<p>Le genre action semble alors sur la pente descendante, et
ses stars maison, malgré les efforts de certains (Van Damme
avec les Ringo Lam) deviennent affreusement has-been. Bruckheimer
lui-même s'éloigne du film d'action, laissant les
miettes à quelques opportunistes sans grande
ambition comme Neil H. Moritz (<em>xXx</em>, 02) ou Luc Besson
(<em>Le Transporteur</em>, 02). Les nouvelles vedettes de l'action,
Vin Diesel, Jason Statham, The Rock, Wesley Snipes, n'atteignent ni
la popularité de leurs aînés, ni ne semblent
vouloir se laisser enfermer dans cette étiquette
réductrice. Exception notable : Jet Li, pur artiste martial,
qui tenta mais ne réussira pas tout à fait à
profiter de la vague asiatophile qui s'empare du cinéma
mondial à cette période.</p>
<p> </p>
<p>Everybody was kung-fu fighting</p>
<p>La fin des années 90 est aussi la période de la
découverte et de la popularisation des cinémas
lointains, en particulier du cinéma asiatique. Faisant
suite à l'exil timide, voire avorté, de quelques
cinéastes hong-kongais, Hollywood se tourna vers l'est pour
redonner un coup de fouet à ses films à grand
spectacle. Après avoir connu une petite période
de disette, Joel Silver a le nez creux en faisant de Jet
Li l'attraction principale de <em>L'Arme fatale
4</em> (98), avant de financer le projet un peu fou de deux
frères quasi-débutants : un film de SF
monumental mêlant cyberpunk, philosophie, kung-fu
aérien et fusillades
d'anthologie. <em>Matrix</em>, c'était il y a
bientôt 10 ans, et le film a à la fois a
porté le "film de baston" vers des cîmes
insoupçonnées et a définitivement fait
pénétrer les chorégraphies
élaborées de combat câblés comme une
nouvelle composante du film d'action, offrant un passeport
doré à Yuen Woo-Ping et ses collègues.</p>
<p style="text-align: center;">  </p>
<p style="text-align: center;"><em> Iiiiiiit's bullet time
!</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Le film est un méga carton, et sa mise en
scène quasi révolutionnaire va influencer
considérablement la production des années suivantes,
de nombreux films en empruntant les gimmicks (<em>Charlie's
Angels</em>, 2000)... Ce qui aura pour effet de faire retomber
le soufflé du kung fu movie à vitesse grand V,
d'autant que pendant ce temps-là, le public accède
aux oeuvres asiatiques originales. L'emprunt massif aux
figures asiatiques de l'action semble avoir fait long feu,
notamment depuis celui, assez définitif, qu'en a fait
Tarantino dans <em>Kill Bill</em> : désormais, il sera
probablement discret et plus diffus.</p>
<p>  </p>
<p>Je ne suis pas un héros
!!</p>
<p><em>Matrix</em> n'y étant pas forcément pour rien,
les années 2000 sont également les années de
la domination de nouvelles figures de héros de cinéma
: les super-héros. Les progrès techniques se
développant de manière inversement proportionnelle
à l'imagination des studios, de nombreuses adaptations de
comics vont voir le jour, la plus réussie et la plus
emblématique étant de loin le <em>Spider-Man</em> de
Sam Raimi. Reste que ces super-héros sont à
l'écran l'antithèse des héros d'action
d'autrefois : vulnérables, portant leurs pouvoirs comme des
fardeaux, ces films bien que spectaculaires ne semblent devoir se
voir que comme des allégories politiques (<em>X-Men</em>),
psychologiques (<em>Batman Begins</em>), voire psychanalytiques (le
<em>Hulk</em> d'Ang Lee).</p>
<p> Un des films de super-héros les plus remarquables,
le <em>Incassable</em> de Shyamalan (00), propose même un
discours aux multiples lectures où le spectacle est mis au
second plan, et où la supposée nature
super-héroïque de David Dunn (Bruce Willis) n'est qu'un
prétexte à une méditation profonde sur le
sens que l'on donne à nos vies, notre place dans le monde et
la part qu'y prennent la croyance et le conte populaire.</p>
<p>Bref, qu'il s'appelle Peter Parker ou Aragorn, le
héros de la dernière décennie
évolue plus dans le canevas du film d'aventures que dans
celui du film d'action, son évolution intérieure
(remember Joseph Campbell) étant décisive dans sa
capacité à triompher des obstacles qui se
présentent à lui. Exception faite de <em>Blade 2</em>
(02), réussite aussi atypique dans la filmo de Del Toro que
dans un paysage de héros tourmentés, nos héros
se roulent plus des mécaniques. Riddick, autre figure
musclée et badass des années 2000, est même un
criminel sans foi ni loi. Globalement, le héros nouveau est
soit un type (presque) comme les autres, soit un mec vachement
sensible, soit une vieille crapule attachante.</p>
<p>  </p>
<p>Vous prendrez bien encore un JB
?</p>
<p>De fait, même s'i ne vient pas du cinéma, le
héros d'action le plus icônique
à émerger dans les années 2000 est
à la fois un type ordinaire, tourmenté et
potentiellement dangereux. Son nom : Jack Bauer. D'allure assez
discrète, ne se distinguant du commun des mortels que par sa
tenacité et sa capacité à prendre la
bonne décision au bon moment, c'est un mélange de
droiture morale et de personnalité borderline, de bon
père de famille et de kamikaze torturé.
Créée en 2001, la série <em>24</em> est
instantanément un grand succès populaire
doublé d'une belle réussite artistique. On
découvre que le format 24 x 50' permet une diffusion et
une addiction maximales, et qu'une
esthétique télévisée,
particulièrement ambitieuse en l'occurrence, n'est pas
forcément un handicap, surtout face aux excès de
la production cinéma type Bruckheimer. Jouant la carte du
réalisme à tous les niveaux (personnages
crédibles, intrigue en temps réel) et du
rebondissement constant, les producteurs définissent une
nouvelle norme de la fiction d'action. L'impact est tel que la
série aura beau abandonner progressivement tout ce qui
faisait sa valeur initiale (le réalisme, l'utilisation des
split-screens, le développement sur plusieurs saisons d'un
univers cohérent), le public suivra toujours. Aujourd'hui
encore, alors que <em>24</em> a atteint des sommets de caricature
et de ridicule, et est désavouée par la
majorité de ses fans, sortent des films comme <em>Angles
d'attaque</em> qui en sont des directs héritiers. Plus
globalement, ce genre populaire qu'est l'action a très
facilement intégré le petit écran, rencontrant
le succès d'<em>Alias</em> à <em>Prison Break</em>,
avec la même mécanique de cliffhangers toutes les 20
minutes qui fidélise le public même quand il trouve
ça nul ! De son côté, la bombe <em>The
Shield</em> enterre finga in da noze tous les polars sortis en
salles ces 10 dernières années, et achève de
réduire la distance qualitative entre séries et
cinéma d'action.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Une idée pour
renouveler</em> 24 <em>: situer le Day 7 pendant le passage
à l'heure d'été</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Le seul personnage de cinéma à avoir
réussi à tenir tête à Jack Bauer dans un
registre similaire est un autre JB : Jason Bourne. Apparu en
2002 dans le sympathique thriller d'espionnage de Doug Liman
tiré des romans de Ludlum, Bourne est un peu le petit
frère amnésique et sympa de Jack Bauer, bien servi
par le physique d'ado de Matt Damon. La différence notable
avec Bauer, et tout l'intérêt du personnage, c'est
justement cette dualité entre ses aptitudes extraordinaires
à la violence et sa volonté de ne pas y céder.
Comme si le cinéma d'action contemporain ne pouvait
cautionner l'usage gratuit de la violence, non seulement il la
justifie (Bourne agit toujours en légitime défense)
mais il cherche à s'en défaire, voire à s'en
excuser. Films d'action non-violent, où le héros fuit
plus qu'il ne poursuit, cherche des explications plutôt que
la vengeance, les Bourne résument bien la difficile
quête d'identité et de légitimité du
genre aujourd'hui. La saga prendra une dimension
supplémentaire avec le 2e opus (04) et l'arrivée aux
commandes de Paul Greengrass. L'Anglais, qui affirme
détester la violence et semblait un curieux choix pour
diriger un blockbuster, fait pourtant de <em>La Mort dans
la Peau</em> une date du cinéma d'action.
Esthétiquement, il pousse le style "caméra à
l'épaule" dans ses retranchements, grâce à un
sens du cadre et du montage en équilibre quasi-parfait entre
le réalisme absolu et une certaine cinégénie ;
le spectacle est ici plus une question de rythme
effréné, appuyé par une immersion maximale
(parfois au détriment de la lisibilité), que de
débauche d'effets visuels. A ceux qui lui reprochent un
filmage un peu trop télévisuel, Greengrass
répond que son influence principale est celle du
Friedkin de <em>French
Connection</em>. Thématique, lui et son
scénariste Tony Gilroy partent des bases du film de
vengeance et en font une histoire de rédemption, où
un Bourne brisé (non, pas de jeu de mots) renoncera à
tuer, et trouvera, dans l'amour qu'il porte à
celle qu'il a perdu, la force de tirer un trait sur son
passé. Un personnage sensible et humain, qui utilise
davantage la stratégie que la force, un retour au
cinéma réaliste et intelligent des seventies :
voilà pour le héros d'action des
années 2000, bien éloigné de celui des
années 80-90...</p>
<p>Un 3e JB, James Bond, qui aura profité du créneau
libre du héros macho post-95 pour refaire son apparition
inoffensive sous les traits d'un mannequin pour pub Pétrole
Hahn, en profite pour faire lui aussi sa mue, et devenir un blond
costaud, bagarreur mais coeur d'artichaud. On a beau adorer
Daniel Craig, on ne saurait que trop lui conseiller de
s'éloigner assez vite de gens comme Paul Haggis, Martin
Campbell ou Barbara Broccoli... Quant à son successeur
autoproclamé, le Ethan Hunt des <em>Mission :
Impossible</em>, il est bien mal en point. Toujours en retard
sur la vague, Cruise croit débaucher en JJ Abrams le
génie en devenir du moment, mais se rendra compte trop tard
(ou pas, d'ailleurs) que celui-ci n'est qu'un bon vendeur de soupe.
Leur <em>M:I III</em> (06) est un pathétique renoncement
à l'action, d'un cynisme incroyable vis-à-vis du
genre. Héros peu motivé ne cachant pas son envie de
tourner la page, gimmicks fatigués, McGuffin dont tout le
monde se branle explicitement, séquences d'action
zappées au profit de scènes de sitcom, cliffhangers
malhonnêtes, finale expédié de façon
hallucinante : le film concentre tous les défauts des
séries télé et fait figure manifeste de
non-envie de cinéma.</p>
<p>  </p>
<p>2007 : and the winner is...</p>
<p>On en arrive à l'an dernier, année pour laquelle
il semblait intéressant de renifler les nouvelles tendances
du cinéma d'action, étant donné la vitesse
à laquelle celles-ci s'amorcent et s'épuisent.
Première tendance : un certain retour à un
cinéma d'aventures épique, barbare et violent
mâtiné de fantasy, dont témoignent le
plutôt prenant <em>Apocalypto,</em> le très con
mais parfois fun <em>300 </em> et le supernul
<em>Pathfinder</em>. Tout cela devrait déboucher sur la
mise en chantier prochaine de <em>Conan</em>, dont la sortie sera
un véritable baromètre pour la
pérennité du genre, qui pour l'instant n'est pas
aussi bien servi qu'il le mériterait.</p>
<p>Deuxième tendance, nettement plus perceptible
celle-là : le cinéma de genre regarde en
arrière actuellement, empruntant non pas à des
univers connexes et contemporains, comme ce fut le cas avec les
comics, les séries télé ou le cinéma
asiatique auparavant, mais à sa propre histoire. Tout
d'abord, une foule de jeunes réals se
réclament de "l'esprit des années
70" (sans qu'on nous dise jamais de quoi il s'agit
vraiment) : ça donne du polar lymphatique et
affecté à la James Gray (<em>La Nuit nous
appartient</em>), une assez honnête mais modeste adaptation
de Lehane (<em>Gone Baby Gone</em>), un film-dossier de maniaque,
appliqué mais un peu fade (<em>Zodiac</em>), voire un
film "wannabe badass" mais qui n'a pas les cojones d'aller au bout
(<em>Bad Times</em>) ; bref, rien de bien palpitant pour l'amateur
de cinéma qui remue les tripes. On remarquera que le
meilleur polar de l'année est peut-être
l'excellent <em>7h58 ce samedi-là</em>,
réalisé par un Syndney Lumet qui a oeuvré
dans les seventies, lui, et qui, à l'instar de
Friedkin et son <em>Bug</em>, nous montre qu'il n'a rien perdu de
sa classe. Ceux-là sont bien plus modernes qu'un Ridley
Scott et son <em>American Gangster</em> tout mou, calibré
pour les catégories techniques des Oscars, ou
qu'un Edward Zwick et sa bouse paternaliste <em>Blood
Diamond</em>.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Contrairement à beaucoup
de héros d'action, Jason Bourne, lui, ne regarde pas dans le
rétroviseur.</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Une poignée de films témoignent par ailleurs que
les références n'attendent pas si longtemps pour
s'assumer comme principal support de cinéma. Ainsi, le
très chouette <em>Hot Fuzz</em> rend ouvertement hommage
à <em>Bad Boys 2</em>, Michael Bay touve grâce
à <em>Transformers</em> un esprit eighties qui lui va comme
un gant, et l'improbable sortie salles de <em>The Marine</em> sonne
comme le retour en grâce du bon vieux action movie d'antan,
beauf et volontairement crétin. Curieux objet venant de
nulle part (du catch US, plus exactement), <em>The Marine</em>
synthétise 30 ans d'une certaine idée du film
d'action avec son pitch à la <em>Commando</em>, ses
extravagances pyrotechniques à la Bay du pauvre, et son 37e
degré post-moderne. Avec sa star ressemblant à un
hybride Schwarzy / Matt Damon, citant ouvertement
<em>Delivrance</em>, <em>Scarface</em> ou <em>Terminator</em>,
<em>The Marine</em> est l'archétype, et espérons-le
le point de non-retour, d'un cinéma de genre consanguin, qui
se pille lui-même à une vitesse hallucinante. Le
projet <em>Grindhouse</em> lui-même, s'il ne rentre pas dans
cette réflexion du fait de la singularité du segment
de Tarantino, montre à quel point la logique de
recyclage menace à chaque instant de prendre le
pas sur la création.</p>
<p>De ces films à forte valeur nostalgique émerge
toutefois le direct au coeur que nous balance Stallone avec son
<em>Rocky</em> Balboa, icône
trangénérationnelle s'il en est, et preuve que
la sincérité d'une oeuvre prime sur son
originalité. Le rayon des séquelles fut à cet
égard assez diversement enthousiasmant. Si
<em>Spider-Man 3</em>, malgré son côté bancal,
clôt la saga avec beaucoup d'émotion et de
générosité, en offrant des séquences
fabuleuses d'une ampleur rarement vues sur un écran, on peut
regretter la façon dont se conclut la trilogie Bourne. On
pouvait se douter que le personnage se relèverait
difficilement de l'absence de Marie (Franka Potente). Sans
surprise, <em>La Vengeance dans la peau</em> est un film sans
beaucoup d'âme, dont le contenu émotionnel passe
à chaque fois par un rappel du personnage de Marie
(flashbacks, mimétisme adopté par Nicky/Julia
Stiles). Réduit à repomper le précédent
sous prétexte de respect du cahier des charges, Grengrass,
dont on sent l'envie de voir ailleurs, en fait une course-poursuite
fatigante dans les capitales occidentales frappées par le
terrorisme (...et alors ?) dont l'enjeu sera la découverte,
sans grand intérêt, de la façon dont Bourne est
devenu Bourne. Malgré quelques séquences
remarquablement chorégraphiées (Londres, Tanger), le
film n'a de réussi que sa gestion d'un tempo toujours
plus rapide. Cela dit, on préfèrera mille fois cette
déception à l'infâme trahison que
fut <em>Die Hard 4.0</em>, qui piétine sans vergogne la
nature d'un John McClane, transformé en vieux con
réac et patriote avec l'assentiment de Bruce Willis, et se
foutant de la gueule des geeks avec l'aide de cette
tache de Kevin Smith.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Mais, mais... avec quoi Jason
Stathamn tient-il son guidon ?</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Tout cela pour dire que le meilleur film d'action de 2007 n'est
pas forcément celui qu'on attendait, puisque passés
tous ces films qui regardent péniblement dans le
rétroviseur, il ne reste pas grand-chose, hormis un petit
ovni nommé <em>Hyper Tension</em>. A priori, et même
si on a de l'affection pour cette grosse brute anglaise de Jason
Statham, il n'y avait rien à attendre du premier
film d'un duo de pubards newbies, Mark Neverdine et Brian
Taylor, et surtout d'un pitch aussi racoleur que le coup du type
qui doit s'infliger des décharges d'adrénaline
régulièrement pour ne pas mourir. Sauf que !</p>
<p>Sauf que ce concept, débile et bien bourrin en apparence,
prétexte à un joyeux enchainement de scènes de
flingages, de destruction, de sexe, de prise de produits illicites
en tout genre (c'est déjà pas mal !) est aussi un
moyen assez finaud de questionner le genre. En effet, le
cinéma d'action, et ce encore plus depuis des
séries télé type <em>24</em>, semble soumis
à la nécessité de délivrer
à fréquence régulière des scènes
susceptibles de tenir régulièrement son spectateur en
haleine, et en éveil. Dans un
société d'hyper-consommation, on
peut réduire la fiction populaire, et donc le
cinéma d'action, à une succession de stimuli qui
suppose une escalade pour devancer l'habitude et l'accoutumance du
spectateur. En l'occurrence, une escalade dans le trash qu'illustre
bien la scène assez hallucinante de baise en public : il
faut au moins ça pour que le personnage reste en vie
- comprendre : il faut au moins ça pour que le public
continue à regarder !</p>
<p>Une mise en scène roublarde vient appuyer le propos
à plusieurs reprises. Tout d'abord, le réveil du
personnage de Statham, en caméra subjective, puis la
façon dont il se découvre lui-même
filmé, grâce à une cassette laissée par
ses agresseurs, installe d'entrée l'analogie et l'empathie
entre lui et le spectateur. Par la suite, Neverdine et Taylor
optent pour une réalisation caméra à
l'épaule en grand angle qui évoque à la fois
MTV (les cascades ont un côté <em>Jackass</em>), la
culture jeu video (dont se réclament les réals, on
pense notamment à <em>GTA</em>) et le porno gonzo. Un vrai
concentré de pop culture décomplexée, auquel
les réals apportent toutefois un point de vue critique assez
clair. En effet, le héros est dépeint comme un type
autodestructeur, un loser que la soif d'adrénaline pousse
à faire des conneries, et cela bien avant qu'il soit
empoisonné. Lors d'une scène cruciale où le
héros se retrouve chez son ami médecin, ce dernier
lui injecte un calmant et notre héros dit "je vais mieux".
Ce à quoi le toubib répond : "Non, tu vas très
mal, à vrai dire tu vas mourir, c'est juste ce que je t'ai
injecté qui te fait planer". La fin, sèche et
désenchantée, voit même le héros se
rendre compte que sa recherche de sensations fortes l'a fait passer
à côté de l'essentiel. Qu'on voie le
personnage principal comme un avatar du spectateur lambda
du film d'action, ou comme le genre lui-même, ce que raconte
<em>Hyper Tension</em> n'est autre que que l'autodestruction
programmée d'une course en avant qui ne peut finir que dans
le mur, en d'autres termes un regard lucide puisque complice
sur une dégénérescence assumée. Pour
vous convaincre encore de l'intérêt supérieur
du film, je pourrais encore évoquer cette scène
hilarante où le héros, frustré que sa copine
ne finisse pas sa pipe, va buter gratuitement des bad guys pour se
soulager. Rarement l'analogie aura été aussi claire,
et l'amateur de fusillades éjaculatoires et de flingues
phalliques mis devant sa propre frustration de façon aussi
nette !</p>
<p>Alors non seulement il est tout à fait permis de prendre
un bon panard devant l'esprit jouissivement badass du film,
franchement 2nd degré et peu avare en dérapages gore
et cul, mais il n'est pas interdit de trouver ça moins con
que ça en a l'air, la démarche étant
intentionnelle ou pas de la part de Neverdine et Taylor. Et
pour tous les pervers qui ne s'assument pas, cela permettra de
justifier l'achat du DVD à votre entourage sceptique...</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">A suivre donc</span> :
<em>Hyper Tension 2</em> (j'ai hâte !), et sinon, sur ce
blog, on verra... Ah si, un mot sur deux absents de ce
(déjà beaucoup trop) long sujet...</p>
<p> </p>
]]></description>			<link>http://jorje.blog.toutlecine.com/2325/Action-sous-perfusion/</link>			<comments>http://jorje.blog.toutlecine.com/Action-sous-perfusion-01042008-105055-lp-2325.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://jorje.blog.toutlecine.com/2325/Action-sous-perfusion/</guid>			<pubDate>Tue, 01 Apr 2008 10:50:55 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Fortunes diverses du polar français]]></title>			<description><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>"Allô Olivier, c'est
Jorje. Tu m'étais sympathique mais désolé, ton
film m'a filé la gerbe"</em></p>
<p> </p>
<p>Pour être honnête, j'ai arrêté
d'espérer quoi que ce soit du "renouveau du film de genre
français" que certains attendent depuis des lustres, que
d'autres annoncent chaque année. D'abord parce que ce genre
de chauvinisme ne me correspond pas, ensuite parce que les
déceptions dans tous les secteurs (système de
financement abscons, ratages en série) m'auraient vite
découragé.</p>
<p>Pour autant, difficile de ne pas sentir comme une petite flamme
qui se rallume quand, par exemple, on voit fleurir coup sur coup
dans les couloirs du métro les affiches de
<em><strong>Cortex</strong></em>, <em><strong>MR73</strong></em> ou
<em><strong>Le Nouveau Protocole</strong></em>. Voilà des
projets qui font envie, appelant respectivement à laisser
éclater le talent de conteur Nicolas Boukhrief à
travers un whodunit sombre et labyrinthique, à faire
s'épanouir la mise en scène et l'amour pour le polar
classique d'Olivier Marchal, fort du succès de
<em>36</em>,et enfin à révéler que la jeune
génération de réals touche-à-tout
pouvait, au détour d'un film de commande, faire revivre la
veine du thriller politique à la Yves Boisset.</p>
<p>Evidemment, aucun de ces trois films ne s'avère
conforme à ce que j'en espérais, deux d'entre-eux
jouant sur un registre relativement différent de ce qu'il
annonçait, le 3e se révélant au-delà de
la simple désillusion.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Ce n'est pas parce que Dussolier
ne sait plus où il a mis son flingue que</em> Cortex
<em>n'est pas un bon polar</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>La première surprise est loin d'être mauvaise
puisque s'ajoutent, à la simple enquête
policière amnésique attendue dans <em>Cortex,</em>
des dimensions étonnantes : on est loin d'un Agatha Christie
à la sauce Memento, le film relevant plus de la
tragi-comédie que du polar. Jouant merveilleusement sur
l'idée de faire d'un patient de maison de retraite, lieu
anxiogène par excellence, un ex-flic atteint d'Alzheimer,
Boukhrief se place toujours à la distance idéale du
personnage de Dussolier pour être à la fois avec lui
et en retrait. Ainsi, le spectateur "vit" les inquiétudes,
les soupçons et les trous de mémoire du personnage
par une remarquable utilisation de l'ellipse, de même qu'il
est constamment tenté de rire ou de s'émouvoir de sa
paranoïa galopante. De cette ambiguïté constante,
le film tire une richesse et une ampleur réellement
remarquables, une vraie profondeur humaine aussi, mettant de
côté son aspect suspense pour mieux le
réintroduire quand on s'y attend le moins. A la fois
ludique, drôle, inquiétant et touchant, c'est une
petite perle inclassable bénéficiant de performances
d'acteurs assez impressionnantes. Après avoir défendu
le cinéma de genre pendant une bonne décennie
notamment sur Starfix et Canal, Boukhrief confirme qu'il est
un réal d'une grande maturité, doté d'une
personnalité singulière et d'une maîtrise
discrète mais très efficace de son art.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Marie Jo Mulder et Clovis Scully
: la vérité est où, déjà
?</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>La seconde surprise déconcerte un peu davantage. On
pensait à peu près savoir à quoi s'en tenir
avec le film de Thomas Vincent, <em>Le Nouveau Protocole</em>, qui
annonce une couleur militante anti-labos pharmaceutiques dès
une introduction lourde de sous-entendus, appuyée par une
musique de thriller. Pourtant, rapidement, le film va se
détourner du chemin tout tracé du film-dossier
à charge pour épouser une réflexion beaucoup
plus nuancée et vertigineuse sur la vérité,
son opacité et ses inévitables
interprétations. Filmé au plus près du
personnage de Clovis Cornillac, quidam enquêtant sur la mort
de son fils et son lien avec des expérimentations
pharmacologiques douteuses, le film de Thomas Vincent place le
spectateur dans la même position d'incertitude par rapport
aux faits qui lui sont présentés, et questionne notre
subjectivité et notre propension à croire, à
faire des choix, alors que la vérité se dérobe
de plus en plus. Contre-balançant sans cesse ce que l'on
pensait acquis, appuyant qu'en l'absence de certitude de la raison,
ce sont les émotions qui guident nos actes, Vincent livre
surtout un film douloureux sur le deuil et la fragilité de
l'être humain, avant de conclure, après un
dénouement assez tétanisant, sur
une reprise de l'intro qui laisse, cette fois, avec
davantage d'interrogations que de réponses.</p>
<p>Lui-même assez hésitant dans sa forme,
sous-utilisant le scope, n'évitant pas quelques
mauvaises notes dès que le tempo s'accélère et
pas toujours très à l'aise dans sa partie thriller,
<em>Le Nouveau Protocole</em> est néanmoins un film joliment
tendu et immersif, ponctué de scènes
réellement poignantes, doublé d'un dispositif assez
brillant sur l'exposition de l'humain à la manipulation. En
revanche dans le fond, s'il évité tout
manichéisme en faisant du personnage de Marie-José
Croze une paranoïaque instable et en laissant supposer
que les labos ne sont que le fruit d'un système
accepté par tous, on peut reprocher au film de botter en
touche dans un débat très contemporain, se gardant
bien de prendre position, voire se faisant (involontairement
?) l'avocat du diable. Personnellement, j'avoue que la
désolidarisation du personnage principal dans le dernier
acte (filmé de dos auparavant, il est alors filmé de
face) me gêne et que, dans notre société
actuelle, des films ouvertement militants ne me dérangent
pas. Quoiqu'il en soit, le film soulève la question et peut
servir de support à un joli débat, en attendant
l'adaptation par Scorsese du magnifique <em>Shutter Island</em> de
Dennis Lehane.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Cette prison n'est pas
forcément insiprée d'une histoire vraie</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Enfin, et hélas, le film le plus exposé des 3 est
aussi, le mot est faible, le plus décevant. D'autant que ce
n'étaient pas les défauts de <em>36</em>, film bancal
mais porteur de belles intentions, qui pouvaient me laisser
envisager une telle répulsion pour <em>MR73</em>. Je suis
sorti de ce film consterné, sali par tant de
médiocrité artistique et humaine. C'est un film
dégueulasse, mots pesés. On s'est
défoulés sur Schumacher et son <em>8MM</em>, que
dit-on ici ? Rien, ou si peu. A tort car à mon sens, ce film
est bien pire. [SPOILERS plus loin]</p>
<p>Alors, entendons-nous bien, que Marchal fasse un mauvais polar,
où on se fait chier pendant plus d'une heure à
regarder Auteuil picoler et errer sur des scènes de crimes,
passe encore.</p>
<p>Qu'il fasse de ses personnages des caricatures ambulantes, sans
aucune profondeur (mis à part leur profonde bêtise)
pour les personnages principaux, grotesquement
étiquetés pour les bad guys (à tatouages ou
crêtes de coq), passe encore.</p>
<p>Qu'il réutilise des ressorts dramatiques usés
jusqu'à la corde (le film torturé blacklisté,
l'enquête parallèle, l'arrestation qui foire, les
flics ripoux qui enterrent l'enquête, la vengeance) sans rien
y apporter de nouveau ou de personnel, ça n'est pas du
classicisme, c'est de la paresse et du manque de
personnalité, mais passe encore.</p>
<p>Qu'il plombe chaque scène de dialogues ampoulés
tirés d'un "Audiard pour les nuls" tendance Commissaire
Moulin, ça commence à faire beaucoup mais passe
encore.</p>
<p>Qu'il nous fasse le coup de l'orpheline pure et
abandonnée, enceinte et seule à même de
comprendre et de donner un sens à la vie du flic
torturé, l'aimant sans le connaître et donnant son nom
à son nouveau-né, c'est complètement
insupportable de mauvais goût et de nullité mais
à la limite, c'est pas si grave.</p>
<p>Mais qu'il dépeigne un monde carcéral relevant de
l'image d'Epinal, duquel on laisse sortir un tueur
multirécidiviste irrécupérable mais
manipulateur, se jouant d'un système qui fait fi des
victimes, et voulant, à peine sorti, "finir le travail" en
poursuivant l'innocente orpheline ; ceci posé, qu'il
mette en parallèle l'exécution du "monstre" par notre
flic torturéroïque avec la naissance du
bébé, synonyme d'espoir et de vie ; qu'il filme cette
exécution-là de manière propre (un petit trou
dans le front) pour ne surtout pas déranger le spectateur
avec cette image, alors qu'il ne se prive pas de filmer des
trous-du-cul de victime ; qu'il parachève tout cela d'un
"Inspiré d'une histoire vraie", en brandissant son badge
d'ex-flic comme gage de légitimité,  "c'est
vrai, je l'ai vécu" (oui mais quoi au juste ?) ; que tout
cela se fasse au moment où passe en France un projet de loi
honteux sur la rétention de sûreté, au moment
où, plus globalement, le populisme pénal le plus
rance triomphe et plonge la justice française dans un
moyen-âge idéologique au mépris de 300 ans de
sciences humaines ; tout cela me file la gerbe, oui, ça me
rend malade, M. Marchal.</p>
<p>Vous ne vouliez pas faire un tract politique ? Très bien,
cela ne change pas grand-chose, c'est une triste coïncidence,
dirons-nous.</p>
<p>Car indépendamment de tout contexte, ce film pue la mort,
le goût pour une autodestruction paresseuse, sans aucune
sublimation de la douleur ni effort intellectuel, il pue la haine
et le dégoût de l'humain, il pue le refuge dans une
icônisation de pacotille, la justice sauvage et la
condamnation irrévocable des "monstres".</p>
<p>Indépendamment de tout contexte, ce film pue, car en
arborant une caution "véridique", alors qu'il n'a rien de
réaliste (êtes-vous jamais entré dans une
prison, M. Marchal ?) et se complaît dans les poses les plus
éculées du polar grandiloquent d'autrefois, il se
range dans le camp des menteurs, des manipulateurs de l'opinion par
l'émotion, des irresponsables pourfendeurs de
l'humanisme.</p>
<p>Ce film n'est pas du Melville, encore moins du Mann (avez-vous
eu une seule idée de mise en scène à part
cette photo ignoble ?), c'est du cinéma morbide et sans
talent, et désolé M. Marchal si vous vous rêvez
en figure romantique, en sauveur incestueux de l'orpheline, en
âme brisée mais pure au milieu des pourritures, en
candidat à la résurrection, pour moi vous n'avez de
commun avec Louis Schneider que le poids de votre
médiocrité à assumer ; et vous savez
comment il règle le problème...</p>
<p> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">A suivre</span> : pour
se calmer un peu  , un petit retour sur quelques zolis
(ou moins) films de 2007...</p>
]]></description>			<link>http://jorje.blog.toutlecine.com/2269/Fortunes-diverses-du-polar-francais/</link>			<comments>http://jorje.blog.toutlecine.com/Fortunes-diverses-du-polar-francais-26032008-134314-lp-2269.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://jorje.blog.toutlecine.com/2269/Fortunes-diverses-du-polar-francais/</guid>			<pubDate>Wed, 26 Mar 2008 13:43:14 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Publicité mensongère]]></title>			<description><![CDATA[<p>Autre grosse tendance de ce premier trimestre 2008 (non non, je
ne rame pas du tout pour trouver mes thématiques !
), celle qu'ont eu certains films à
ne pas être ce qu'ils prétendaient, ou en tout cas,
à ne pas correspondre à l'idée que l'on
pouvait s'en faire à première vue... Pour le meilleur
ou pour le pire, les uns révélant des richesses
insoupçonnées, les autres se révélant
être de pures arnaques. Bonnes surprises ou
déceptions, voilà quelques films qui avancent
masqués.</p>
<p> </p>
<p>REVIENS-MOI, de Joe Wright</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il n'est
pas</span> : un love story cucul, avec amants séparés
par la guerre et tourbillon romantique.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il est</span> :
la bande-annonce ne dit pas que la nouvelle originale s'appelle
"Expiation" et que c'est avant tout une histoire de
culpabilité et de pardon impossible, dont le rôle
principal est une petite fille et non les amants joués par
Keira Knightley et James McAvoy. A la faveur d'un twist final
culotté, le film devient même une réflexion sur
la création artistique et ce qui la fonde.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Et alors ?</span> :
que le filme surprenne et intrigue dès le départ en
empreintant une voie peu classique et incertaine est une bonne
chose, sans conteste, et surtout dans ce qu'on pensait être
une énième romance victorienne et corsetée. La
première partie recèle, malgré la lourdeur des
choix artistiques de Joe Wright, quelques belles scènes.
Mais la suite prend rapidement des allures de démonstration
vaine de la part du réalisateur (dont un
plan-séquence ronflant sur la plage de Dunkerque), d'autant
que celui-ci laisse toujours le spectateur avec une longueur de
retard sur la compréhension des véritables enjeux du
récit, et donc de l'émotion. Jusqu'à ce twist
certes intéressant, mais qui fonctionne beaucoup mieux
sur le mode littéraire que cinématographique (rigueur
du point de vue oblige) et que l'on peut légitimement
ne pas digérer.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Le jeu de la semaine : trouvez
sur l'affiche de</em> Reviens-Moi <em>son personnage
principal</em> </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>INTO THE WILD de Sean Penn</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il n'est pas
:</span> un film existentiel, méditatif et contemplatif sur
le retour à la nature, la solitude et l'isolement de la
civilisation moderne.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il est</span> :
une introspection progressive et douloureuse sur ce qui a
poussé Christopher McCandless à fuir son "monde".</p>
<p> <span style="text-decoration: underline;">Et alors
?</span> : en privilégiant l'approche psychologique de ce
qu'il dépeint comme un drame familial plutôt que de
s'appuyer sur une hypothétique philosophie de vie propre
à ceux qui renoncent à la civilisation et brocardent
la modernité, Sean Penn prend le risque de décevoir
tous les jeunes en mal de révolte et autres bobos en pleine
crise identitaire, attirés par une affiche qui leur
promettait un voyage spirituel dans les grands espaces. Il annihile
également toute icônisation de McCandless,
préférant avec un certain
courage (honnêteté aussi) en faire un gamin
qui a surtout besoin d'une psychanalyse plutôt qu'un nouveau
Jack Kerouac.</p>
<p>Ne faisant pas durer un plan plus de 3 secondes ou ne laissant
jamais son personnage seul trop longtemps, Penn raconte comment ce
fils de bonne famille, touché par un mensonge familial dans
son identité même, va partir à la recherche de
sa vérité, synonyme pour lui de disparition.
Exploitant cinématographiquement cette idée sans que
beaucoup ne s'en aperçoivent, Penn fait de McCandless un
personnage-fantôme, incapable de penser par lui-même,
enfermé dans une impasse identitaire jusque dans ses
rencontres, pour qui il incarne toujours un "autre" (un fils
disparu, un amant impossible, Dieu...). Quand il agit sur son
environnement, il révèle un mensonge ou un secret,
il provoque des catastrophes (la scène de
l'élan). Sa quête d'autosuffisance étant un
échec, il va comprendre qu'il n'existera vraiment que dans
la mort, qui arrivera à la suite d'une improbable
imprudence, assimilable à un suicide inconscient.
Décadré, flouté, surimprimé ou
négligé par la caméra de Penn durant tout le
métrage, il ne sera réellement filmé que
décharné et mourant, dans ce moment où il peut
retrouver son vrai nom, penser à l'union
retrouvée, grâce à lui, de sa famille, et
rêver d'une dernière étreinte souriante, la
mort venant soulager la douleur et la culpabilité
d'être né inutile, car n'empêchant pas le
désamour de ses parents. Sean Penn, lui-même
frère d'un Chris décédé, raconte par le
biais de la soeur de McCandless un drame bouleversant.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>L'accroche de l'affiche</em>
<em>d'</em>Into the Wild <em>sonne moins touristique une fois le
film vu...</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ de Michel
Gondry</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il n'est
pas</span> : un hommage aux geeks et à ce qui fonde la
culture populaire (et à y réflechir, on n'est
même pas sûr que ça soit un vrai film avec des
personnages dedans).</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Ce qu'il est</span> :
un nouveau délire égotiste d'un clippeur doué
pour saccager des pitchs déments.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Et alors ?</span> : on
attendait avec impatience de voir, et d'enfin
apprécier, ce que le très surestimé
réal français pouvait faire de ce rêve de geek.
Le résultat est sans appel pour Gondry : non seulement son
film réussit à ennuyer en 1h30 (2-3 gags poseurs pour
le mieux), mais il étale dans ce film toute sa
prétention et ce qui le sépare d'un vrai
cinéaste. Pour lui, un film ce n'est pas une histoire, des
personnages, des émotions, une thématique
transcendée par la mise en scène, ce sont des
vignettes illustratives plus ou moins rigolotes. Sa relecture de
films populaires est révélatrice : pure
régurgitation à travers une esthétique en
papier mâché qui lui est popre, certes (et inventive
dans une certaine mesure), mais complètement
désincarnée et privée de ce qui en a fait le
succès. Incapable de toucher à ce que des films comme
<em>RoboCop</em>, <em>Ghostbusters</em> ou même <em>Rush
Hour</em> peuvent avoir de précieux et d'universel, Gondry
nous impose sa vision incroyablement réductrice du
cinéma, tout en fantasmant des qualités
fédératrices complètement illusoires à
son imaginaire. Pour tous ceux qui aiment les films en question, un
tel contre-sens est pénible, voire insupportable. D'ores et
déjà, le film n'existe plus que par les promesses de
son pitch et le mouvement des "films suédés" qu'il a
engendré, où les vrais fans de cinoche
populaire peuvent se réapproprier leurs oeuvres
fétiches, avec amour cette fois. C'est déjà
ça.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>"Soyez Ingrats, Embobinez"
aurait pu s'appeler le plus grand piège à geek de
l'année</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p><span style="text-decoration: underline;">A suivre</span> : une
spéciale "polars français" qui aurait tout aussi bien
pu intégrer cette thématique, tant les films en
question dérogent également à ce qu'ils
prétendent être... ;)</p>
]]></description>			<link>http://jorje.blog.toutlecine.com/2194/Publicite-mensongere/</link>			<comments>http://jorje.blog.toutlecine.com/Publicite-mensongere-21032008-161118-lp-2194.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://jorje.blog.toutlecine.com/2194/Publicite-mensongere/</guid>			<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 16:11:18 +0200</pubDate>		</item>		<item>			<title><![CDATA[Mauvais genre ? [2008.03]]]></title>			<description><![CDATA[<p>Sujet de révolte régulier chez les geeks, la
politique des distributeurs français, et
sa tendance à tuer dans l'oeuf la carrière
hexagonale de films de genre bénéficiant d'un buzz
avantageux, a récemment fait parler d'elle en enterrant
successivement tout une pelletée de films alléchants,
mais probablement un peu trop étiquetés "série
B" pour nos costard-cravate nationaux. Si leur retentissement
commercial est négligeable, hormis pour des films
français comme <em>A L'Intérieur</em> ou
<em>Frontière(s)</em>, on peut
légitimement s'insurger de ce que ces choix
privent une partie du public, pourtant friand de
cinéma, de la chance de voir autre chose que des
blockbusters inoffensifs ou des divertissements pour
ménagère. Même à Paris, il a fallu se
dépêcher pour aller voir, dans les plus obscures
des salles de la capitale, des films buzzés
comme <strong><em>Death Sentence</em></strong>, <em><strong>30
Jours de nuit</strong></em> et <strong><em>The Mist</em></strong>,
aussitôt propulsés au rang de martyrs de la
contre-culture.</p>
<p>Mais s'il faut combattre cet ostracisme qui marginalise encore
le cinéma de genre, à l'heure où l'on pourrait
croire qu'il s'est sensiblement démocratisé
(campagnes publicitaires massives, visibilité nettement
accrue dans la presse spécialisée...), attention tout
de même à conserver un certain esprit critique et
à ne pas promouvoir à tort des films qui ne sont pas
forcément de totales réussites, et donc de bons
ambassadeurs d'un cinéma différent mais de
qualité. Ce petit sujet visera à rétablir une
certaine balance à propos des trois films
cités, pour compenser ici un emballement critique un
peu excessif, et là consoler le spectateur malheureux,
persuadé d'avoir laissé passer un chef-d'oeuvre.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>"La" scène du parking
de</em> Death Sentence <em>: un morceau d'anthologie dont le
défaut est d'être presque trop spectaculaire</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Le revenge flick de James Wan, par exemple, <em>Death
Sentence</em>, est effectivement une bonne surprise de la part de
l'auteur de <em>Saw,</em> et il évite globalement les
pièges du genre en faisant de la quête vengeresse de
son personnage une dérive, unique échappatoire
à une douleur insupportable. Pour autant, ce n'est pas un
film hardcore, le basculement de Kevin Bacon se faisant très
progressivement et moins sous l'effet de la colère
que sous le coup de la menace qu'exerce sur lui et sa famille
une bande de dégénérés stylisés
et caricaturaux. Se plaçant autant dans une veine comic-book
à la <em>Punisher</em> que dans une
viscéralité réaliste à la <em>Death
Wish</em>, le film souffre sans doute de la relative
immaturité de son cinéaste, qui ne peut pas
s'empêcher de ponctuer ses morceaux de bravoure de
plans-séquences impossibles (et donc très visibles)
et de surligner tous ses effets. Passant après le
très subtil et audacieux <em>A Vif</em>, voilà donc
une série B plutôt recommandable mais pas essentielle,
réservée aux amateurs du genre, et dont la sortie
salles ne fut pas scandaleuse au regard du potentiel commercial des
vigilante.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>David Slade a filmé</em>
30 Jours de nuit <em>avec des lunettes de ski sur le nez. Ceci
explique peut-être cela.</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>On ne pleurera pas trop non plus sur la sortie en catimini
de <em>30 Jours de nuit</em>, production à l'identité
hybride réunissant un casting pour pisseuses, un réal
débutant remarqué pour le faussement trash <em>Hard
Candy</em> et un pur pitch de genre inspiré d'un comics. Non
que tout soit à jeter (les premières images sont
très belles, et quelques effusions gore - dont une
décapitation à la hache plein cadre ! - valent le
détour), mais le résultat final laisse pantois devant
l'immense potentiel de l'histoire (<em>The Thing</em>
meets <em>Pitch Black</em> meets <em>Blade II</em> quand même
!). Comme cela a déjà été dit,
notamment par notre brave Yannick Dahan, le film s'asseoit
gentiment sur les 2 idées contenues dans son titre, puisque
la gestion du temps est si catastrophique que les 30 jours semblent
pouvoir être réductibles à une nuit, et que
jamais la mise en scène ne joue de l'obscurité,
plongeant la ville dans la nuit américaine la plus claire
jamais vue. Mais le plus grave, c'est probablement le
découpage complètement improbable de David Slade,
confirmant que celui-ci est tout sauf un cinéaste. A force
de rechercher le belle image à chaque plan (normal, c'est un
clippeur), il montre à plusieurs reprises son
incapacité à gérer un espace à trois
dimensions, une multitude de personnages, une échelle de
plans, le hors-champ, etc. D'où de nombreuses scènes
illisibles, où l'implication du spectateur est
réduite à néant par son incompréhension
de ce qu'il est censé voir, presque un cas d'école de
l'anti-cinéma. Le réal s'embrouille tellement
lui-même qu'il fera réapparaître dans la
scène finale un vampire passé au broyeur 5 minutes
plus tôt. A la trappe !</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;"><em>Qu'y a-t-il derrière la
Brume ? Mieux vaut ne pas le savoir...</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Enfin, il faut être plus mesuré pour le cas <em>The
Mist</em>. D'abord parce que c'est le film qui a probablement
été le moins bien distribué des 3 (c'est une
impression, à confirmer), ensuite parce que c'est de loin le
plus intéressant (ce qui ne vaut pas dire réussi).
Les gens chargés de vendre le film étant visiblement
au courant du potentiel de l'association King/Darabont (tous deux
figurent en bonne place sur l'affiche), le problème vient
peut-être d'ailleurs. Tout le monde conviendra de ce que le
casting de quasi inconnus, le côté fantastique old
school du film et un propos aussi adulte que pessimiste (ausculter
les comportements humains face à la peur) avait de
quoi éloigner les masses adeptes de l'horreur tape
à l'oeil, confortable et immature.</p>
<p>Mais il faut également avancer que malgré un
louable refus des modes, une exposition en béton,
la note d'intention de Darabont de faire du Carpenter (cité
dès le premier plan) mâtiné de Lovecraft
(superbes visions de cauchemar qu'abrite la brume) et de satire
sociale corrosive visant l'extrémisme religieux, le film
souffre de défauts qui l'empêchent d'accéder
à un statut de chef d'oeuvre qui lui tendait les bras. Au
premier rang de ces défauts, la mise en scène d'un
Darabont qui montre une nouvelle fois ses limites dès que
l'on sort du pur film de personnages (sfx lamentables, très
mauvaise négociation des scènes d'action). On se
demande d'ailleurs s'il n'aurait pas été judicieux
pour lui d'éviter radicalement toute tentative de
spectaculaire, se contentant d'un huis clos sur la manipulation et
la croyance sans jamais rien montrer de la menace
extérieure. En second lieu, permettez-moi de pousser une
gueulante sur cette fin, vendue comme traumatisante alors qu'elle
m'a paru aussi grotesque que maladroite, brouillant un propos
jusque là assez clair par sa dimension morale très
ambigue.</p>
<p>[SPOILERS] Cédant dans la
forme à un certain mysticisme (musique de Dead can Dance
aidant), <em>The Mist</em> s'achève en effet sur la punition
implacable des incroyants et de ceux pour qui le suicide est une
solution digne face à l'horreur. Plus catho, tu meurs ! Ceux
qui avaient déjà tiqué devant l'amorce d'un
double-discours étrange, à la fin de <em>La Ligne
Verte</em>, risquent à nouveau de trouver l'attitude de
Darabont plus que douteuse. [fin
SPOILERS]</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"></p>
<p style="text-align: center;">L'Orphelinat <em>: l'exemple
à suivre ou l'exception qui confirme la règle
?</em></p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>On voit donc que si ces films n'ont pas connu un sort conforme
aux attentes des fans de cinéma de genre, ce n'est
pas seulement à cause du mépris de
l'intelligentsia ou du cynisme des distributeurs français,
mais peut-être aussi parce que, tout simplement, ils ne sont
pas tout à fait assez bons pour prétendre à
une plus large diffusion. Cela relève de
l'appréciation personnelle, mais force est de
reconnaître qu'un film aussi impeccablement
maîtrisé que <em><strong>L'Orphelinat</strong></em> de
JA Bayona, malgré sa nationalité espagnole et une
arrivée tardive au sein d'un genre considérablement
balisé et investi ces dernières années, a su
convaincre les distributeurs et bénéficier d'une
distribution plutôt généreuse, lui permettant
de trouver son public. Pour conclure, on rappellera que le
public a lui-même une part de responsabilité dans
l'offre qui lui est proposée, et que les Espagnols, en
faisant un triomphe à <em>L'Orphelinat</em>, se sont
assurés de la crédibilité commerciale locale
du cinéma de genre pour quelques années...</p>
]]></description>			<link>http://jorje.blog.toutlecine.com/2191/Mauvais-genre-2008-03/</link>			<comments>http://jorje.blog.toutlecine.com/Mauvais-genre----2008-03--21032008-122920-lp-2191.php#lienpermanent</comments>			<guid>http://jorje.blog.toutlecine.com/2191/Mauvais-genre-2008-03/</guid>			<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 12:29:20 +0200</pubDate>		</item>	</channel></rss>