Un presqu'aparté pour saluer ici le travail d'un de mes illustres voisins de palier, dont l'ouvrage ci-dessus est actuellement proposé à un prix qui sent bon le destockage massif sur amazon, et plus directement sur le site de Mona Lisait ou dans leurs boutiques. Que l'auteur ne m'en veuille pas de parler de ce livre magnifique au moment où il est bradé, mais comme dit l'adage... Bref, c'est une merveille, à acheter d'urgence et par palettes, et à offrir à toute connaissance un tant soit peu cinéphile. Donc, pour la grosse lèche,c'est juste après.

Cet homme prêche-t-il une communauté geek prosternée à ses pieds ou s'apprête-t-il à être arrêté par les gardiens du temple de Lucasfilm ?
Moins funky qu'à son habitude mais dans une écriture d'une simplicité et d'une limpidité absolue, Rafik Djoumi s'inscrit ici, comme à son habitude, dans une démarche critique que j'admire énormément : avec ce qu'il faut d'érudition mise à la portée du plus grand nombre, il parvient à faire partager non pas la vérité ou la valeur objective d'une oeuvre (chose à laquelle s'attachent trop de critiques), mais une vision sur la création cinématographique à laquelle j'adhère parfaitement. Mettant le facteur humain en avant, il propose une analyse de l'oeuvre de Lucas à travers la personnalité de son auteur comme une projection constante de ses obsessions, de ses aspirations, de ses névroses, de son histoire tout simplement. Le côté biographie, assez fourni dans les premiers chapitres, n'est là que pour mettre en lumière et décrypter les futurs choix artistiques de Lucas, dont la carrière complexe n'a peut-être pas d'équivalent en matière de volte-faces et de contradictions, mais aussi d'influence sur la production cinématographique de son époque.
Il nous permet en outre de retracer l'époque charnière où une célèbre génération de cinéastes ont provoqué, de manière diverse, le basculement entre le cinéma exigent des 70s et le cinéma populaire des 80s, et raconte comment (et surtout pourquoi) Lucas est passé du statut de cinéaste le plus expérimental de la bande et plus proche collaborateur de Coppola, à celui de golden boy hollywoodien en phase avec le public aux côtés de Spielberg, puis businessman redoutable et froid.

Sans surprise, l'influence de Gary Kurtz et de Joseph Campbell font partie des moments forts du livre
Enfin il relève, grâce à une structure volontairement calquée sur celle de la théorie de Joseph Campbell, comment le "mythe" que Lucas a péniblement construit pour Star Wars renvoie à sa propre histoire, à son propre mythe. Pour tous les fans de la saga, voilà le livre français dans lequel est expliqué tout ce qu'elle doit à son créateur, mais aussi ce qu'elle ne lui doit pas, insistant sur l'importance capitale dans la réussite de l'oeuvre de quelques collaborateurs peu à peu effacés des tablettes par l'histoire "officielle" voulu par Lucas... Jamais gratuit dans la critique ni dans l'éloge, riche tant en anecdotes qu'en informations sur la façon dont se font les films, le livre n'a qu'un seul défaut : celui d'être trop court. On sent qu'il y a encore pas mal sous la pédale, et on espère que ce livre trop confidentiel (l'édition présente quelques signes extérieurs de manque de moyens) sera le premier d'une belle série...