Enfants des eighties, biberonnés aux Schwarzy, Sly, Jean-Claude et autres machos musculeux de la grande époque, vous vous demandez peut-être comme moi : que faire du cinéma d'action aujourd'hui ? Suivre la tendance, tirer un trait sur un genre déprécié et ranger honteusement les DVD dans un carton au fond du grenier, pour éviter que votre bambin ne vous prenne, plus tard, comme un ringard attardé du bulbe ? Vivre dans le culte rigolard et lucide d'une époque révolue, et revisionner Terrain Miné et Invasion USA avec quelques potes pervers lors de soirées pizza-bière ? Rester fidèle à votre passion de la tatane et suivre, avec la complicité de votre vidéo-club compréhensif, l'évolution de la masse pondérale de Steven Seagal dans ses coproductions roumaines ? Ou regarder, détaché mais curieux, ce que devient le genre aujourd'hui ? S'agissant des trois premières options, je vous laisse choisir, la quatrième fera l'objet des élucubrations qui vont suivre. Au bout d'un petit (et modeste) historique du genre, il sera temps d'évoquer le meilleur film d'action de 2007 selon moi, et je suis sûr que ce n'est pas celui auquel vous pensez !
(ceux qui vont lire directement le dernier paragraphe sont de mauvais joueurs)
Bon. Pour commencer ce sujet, un tel raisonnement par genre supposerait au préalable une définition de ce dernier, un petit champ d'investigation bien clôturé, mais ceux qui se sont déjà posé la question savent que comme une grande partie des genres cinématographiques, les films d'action sont moins aisément réductibles à une série d'éléments constitutifs figés (héros unique, résolvant un conflit par la force ou les armes, quantité de scènes spectaculaires, psychologie secondaire...) que dilués dans la masse du cinéma de genre, et tantôt marqué par des films archétypaux, tantôt infiltrant d'autres genres (science-fiction, aventures, guerre, comédie, policier, thriller, espionnage...). Je laisserai donc à plus érudit (un archiviste, par exemple) le soin d'une définition, me contentant d'évoquer quelques jalons du film d'action de ces dernières années, pour mieux comprendre ce que nous disent certains films sortis l'année dernière.
Une décennie en enfer
Commençons par rappeler que les cinéastes ayant donné ses quelques lettres de noblesse au cinéma d'action se font à l'heure actuelle plus que discrets. Dès les début des années 90, le cinéma d'action traditionnel (comprendre : où un gros bras dézingue des méchants) semblait atteindre ses limites en terme de renouvellement, hum, "artistique". John McTiernan, qui aura toujours un temps d'avance sur l'évolution du genre et sera à l'origine de ses principales inflexions (parfois au détriment de la réussite commerciale de ses films), le comprend. Après avoir exploité le physique hors-normes de Schwarzenegger au premier degré (Predator, 87) et imposé une nouvelle norme de héros d'action, average guy goguenard et vulnérable (Die Hard, 88), il imagine le dernier d'entre eux, le Last Action Hero (93), dans une semi-parodie qui scellait, peut-être un peu trop tôt pour le public, la fin d'une ère. Son retour au genre ne se fera alors qu'au prix d'une refonte formelle (Die Hard 3, 95) qui annonce, là encore de façon visionnaire, le virage réaliste et "caméra à l'épaule" qu'allait prendre le cinéma d'action des années plus tard. Cela n'empêche pas le succès, franchise oblige, mais l'échec de l'incursion précoce de McT dans l'épique (Le 13e Guerrier, 99), comme celui de son brûlot anti-spectacle qui suivit (Rollerball, 02), témoignent de la distance grandissante entre le cheminement du réalisateur et les attentes du grand public. Aujourd'hui, bientôt 10 ans après Le 13e Guerrier, on lui souhaite de sortir d'une traversée du désert personnelle et professionnelle douloureuse, et de nous revenir avec une bonne vieille claque dont il a le secret.

McT : pour le genre, une vraie tête de porte-bonheur. Hélas, ça n'est pas réciproque.
Un autre grand réalisateur associé à l'action hollywoodienne des années 80-90, James Cameron, a lui aussi connu une décennie de quasi-inactivité cinématographique (volontaire cette fois) après Titanic (98). Cameron a certes moins oeuvré dans le genre pur et il l'a moins façonné par sa mise en scène que McTiernan, mais il a permis, par ses ambitions pharaoniques associées à ses thématiques récurrentes (l'angoisse du futur et de la technologie, l'amour au-delà du temps, la maternité...), d'amener le film d'action vers des rives plus universelles, attirant un public notamment féminin qui apprécie ses personnages de femmes fortes et libres. De sorte qu'aujourd'hui, et avant un Avatar qui devrait être l'évènement de 2009, il n'est plus considéré comme un réalisateur de blockbusters bourrins comme du temps de T2, mais bien comme un auteur à part entière. Enfin, Paul Verhoeven, qui a donné au genre des oeuvres phares à la croisée de la SF, a quitté le champ du blockbuster hollywoodien depuis Hollow Man (2000). Leur a succédé, en quelque sorte, un John Woo qui aura juste eu le temps d'imposer sa patte (Volte/Face, 97) avant que celle-ci ne soit récupérée par un Tom Cruise en retard sur les modes (M:I 2, 00). Ses compatriotes Tsui Hark, Ringo Lam et Kirk Wong ne connaîtront même l'honneur d'un projet international d'envergure. Après Woo, rares furent les réalisateurs reconnus principalement pour leurs films d'action à faire positivement évoluer le genre...
When the moguls follow the trawler...
En réalité, on se rend compte que le cinéma d'action le plus typique, genre populaire par excellence, est logiquement davantage incarné par des producteurs que des cinéastes. Si Joel Silver reste le producteur emblématique du genre, à l'origine de nombreux hits en continu depuis 48 Heures (82) jusqu'à L'Arme Fatale 3 (92), l'esthétique 80's et le mélange de violence et de décontraction des buddy movies à la Silver se font supplanter au milieu des années 90 par les productions d'un certain Jerry Bruckheimer. Comptant sur ses poulains Tony Scott et surtout Michael Bay, Bruckheimer va imposer sa patte grandiloquente aux blockbusters des années 90 : images triturées en postprod, montage épileptique, surenchère logistique et pyrotechnique, tonalité volontiers pompière et racoleuse... Si le public suit ces grosses machines, artistiquement, beaucoup parlent de dérive du cinéma pop corn. Avec le recul, on pourra y voir un certain esprit expérimental assez stimulant, où les personnages deviennent moins importants que l'espace, le décor, le plan (dans tous les sens du terme, topographique comme cinématographique). Le cerner pour Scott, l'exploser pour Bay.
Le genre action semble alors sur la pente descendante, et ses stars maison, malgré les efforts de certains (Van Damme avec les Ringo Lam) deviennent affreusement has-been. Bruckheimer lui-même s'éloigne du film d'action, laissant les miettes à quelques opportunistes sans grande ambition comme Neil H. Moritz (xXx, 02) ou Luc Besson (Le Transporteur, 02). Les nouvelles vedettes de l'action, Vin Diesel, Jason Statham, The Rock, Wesley Snipes, n'atteignent ni la popularité de leurs aînés, ni ne semblent vouloir se laisser enfermer dans cette étiquette réductrice. Exception notable : Jet Li, pur artiste martial, qui tenta mais ne réussira pas tout à fait à profiter de la vague asiatophile qui s'empare du cinéma mondial à cette période.
Everybody was kung-fu fighting
La fin des années 90 est aussi la période de la découverte et de la popularisation des cinémas lointains, en particulier du cinéma asiatique. Faisant suite à l'exil timide, voire avorté, de quelques cinéastes hong-kongais, Hollywood se tourna vers l'est pour redonner un coup de fouet à ses films à grand spectacle. Après avoir connu une petite période de disette, Joel Silver a le nez creux en faisant de Jet Li l'attraction principale de L'Arme fatale 4 (98), avant de financer le projet un peu fou de deux frères quasi-débutants : un film de SF monumental mêlant cyberpunk, philosophie, kung-fu aérien et fusillades d'anthologie. Matrix, c'était il y a bientôt 10 ans, et le film a à la fois a porté le "film de baston" vers des cîmes insoupçonnées et a définitivement fait pénétrer les chorégraphies élaborées de combat câblés comme une nouvelle composante du film d'action, offrant un passeport doré à Yuen Woo-Ping et ses collègues.

Iiiiiiit's bullet time !
Le film est un méga carton, et sa mise en scène quasi révolutionnaire va influencer considérablement la production des années suivantes, de nombreux films en empruntant les gimmicks (Charlie's Angels, 2000)... Ce qui aura pour effet de faire retomber le soufflé du kung fu movie à vitesse grand V, d'autant que pendant ce temps-là, le public accède aux oeuvres asiatiques originales. L'emprunt massif aux figures asiatiques de l'action semble avoir fait long feu, notamment depuis celui, assez définitif, qu'en a fait Tarantino dans Kill Bill : désormais, il sera probablement discret et plus diffus.
Je ne suis pas un héros !!
Matrix n'y étant pas forcément pour rien, les années 2000 sont également les années de la domination de nouvelles figures de héros de cinéma : les super-héros. Les progrès techniques se développant de manière inversement proportionnelle à l'imagination des studios, de nombreuses adaptations de comics vont voir le jour, la plus réussie et la plus emblématique étant de loin le Spider-Man de Sam Raimi. Reste que ces super-héros sont à l'écran l'antithèse des héros d'action d'autrefois : vulnérables, portant leurs pouvoirs comme des fardeaux, ces films bien que spectaculaires ne semblent devoir se voir que comme des allégories politiques (X-Men), psychologiques (Batman Begins), voire psychanalytiques (le Hulk d'Ang Lee).
Un des films de super-héros les plus remarquables, le Incassable de Shyamalan (00), propose même un discours aux multiples lectures où le spectacle est mis au second plan, et où la supposée nature super-héroïque de David Dunn (Bruce Willis) n'est qu'un prétexte à une méditation profonde sur le sens que l'on donne à nos vies, notre place dans le monde et la part qu'y prennent la croyance et le conte populaire.
Bref, qu'il s'appelle Peter Parker ou Aragorn, le héros de la dernière décennie évolue plus dans le canevas du film d'aventures que dans celui du film d'action, son évolution intérieure (remember Joseph Campbell) étant décisive dans sa capacité à triompher des obstacles qui se présentent à lui. Exception faite de Blade 2 (02), réussite aussi atypique dans la filmo de Del Toro que dans un paysage de héros tourmentés, nos héros se roulent plus des mécaniques. Riddick, autre figure musclée et badass des années 2000, est même un criminel sans foi ni loi. Globalement, le héros nouveau est soit un type (presque) comme les autres, soit un mec vachement sensible, soit une vieille crapule attachante.
Vous prendrez bien encore un JB ?
De fait, même s'i ne vient pas du cinéma, le héros d'action le plus icônique à émerger dans les années 2000 est à la fois un type ordinaire, tourmenté et potentiellement dangereux. Son nom : Jack Bauer. D'allure assez discrète, ne se distinguant du commun des mortels que par sa tenacité et sa capacité à prendre la bonne décision au bon moment, c'est un mélange de droiture morale et de personnalité borderline, de bon père de famille et de kamikaze torturé. Créée en 2001, la série 24 est instantanément un grand succès populaire doublé d'une belle réussite artistique. On découvre que le format 24 x 50' permet une diffusion et une addiction maximales, et qu'une esthétique télévisée, particulièrement ambitieuse en l'occurrence, n'est pas forcément un handicap, surtout face aux excès de la production cinéma type Bruckheimer. Jouant la carte du réalisme à tous les niveaux (personnages crédibles, intrigue en temps réel) et du rebondissement constant, les producteurs définissent une nouvelle norme de la fiction d'action. L'impact est tel que la série aura beau abandonner progressivement tout ce qui faisait sa valeur initiale (le réalisme, l'utilisation des split-screens, le développement sur plusieurs saisons d'un univers cohérent), le public suivra toujours. Aujourd'hui encore, alors que 24 a atteint des sommets de caricature et de ridicule, et est désavouée par la majorité de ses fans, sortent des films comme Angles d'attaque qui en sont des directs héritiers. Plus globalement, ce genre populaire qu'est l'action a très facilement intégré le petit écran, rencontrant le succès d'Alias à Prison Break, avec la même mécanique de cliffhangers toutes les 20 minutes qui fidélise le public même quand il trouve ça nul ! De son côté, la bombe The Shield enterre finga in da noze tous les polars sortis en salles ces 10 dernières années, et achève de réduire la distance qualitative entre séries et cinéma d'action.

Une idée pour renouveler 24 : situer le Day 7 pendant le passage à l'heure d'été
Le seul personnage de cinéma à avoir réussi à tenir tête à Jack Bauer dans un registre similaire est un autre JB : Jason Bourne. Apparu en 2002 dans le sympathique thriller d'espionnage de Doug Liman tiré des romans de Ludlum, Bourne est un peu le petit frère amnésique et sympa de Jack Bauer, bien servi par le physique d'ado de Matt Damon. La différence notable avec Bauer, et tout l'intérêt du personnage, c'est justement cette dualité entre ses aptitudes extraordinaires à la violence et sa volonté de ne pas y céder. Comme si le cinéma d'action contemporain ne pouvait cautionner l'usage gratuit de la violence, non seulement il la justifie (Bourne agit toujours en légitime défense) mais il cherche à s'en défaire, voire à s'en excuser. Films d'action non-violent, où le héros fuit plus qu'il ne poursuit, cherche des explications plutôt que la vengeance, les Bourne résument bien la difficile quête d'identité et de légitimité du genre aujourd'hui. La saga prendra une dimension supplémentaire avec le 2e opus (04) et l'arrivée aux commandes de Paul Greengrass. L'Anglais, qui affirme détester la violence et semblait un curieux choix pour diriger un blockbuster, fait pourtant de La Mort dans la Peau une date du cinéma d'action. Esthétiquement, il pousse le style "caméra à l'épaule" dans ses retranchements, grâce à un sens du cadre et du montage en équilibre quasi-parfait entre le réalisme absolu et une certaine cinégénie ; le spectacle est ici plus une question de rythme effréné, appuyé par une immersion maximale (parfois au détriment de la lisibilité), que de débauche d'effets visuels. A ceux qui lui reprochent un filmage un peu trop télévisuel, Greengrass répond que son influence principale est celle du Friedkin de French Connection. Thématique, lui et son scénariste Tony Gilroy partent des bases du film de vengeance et en font une histoire de rédemption, où un Bourne brisé (non, pas de jeu de mots) renoncera à tuer, et trouvera, dans l'amour qu'il porte à celle qu'il a perdu, la force de tirer un trait sur son passé. Un personnage sensible et humain, qui utilise davantage la stratégie que la force, un retour au cinéma réaliste et intelligent des seventies : voilà pour le héros d'action des années 2000, bien éloigné de celui des années 80-90...
Un 3e JB, James Bond, qui aura profité du créneau libre du héros macho post-95 pour refaire son apparition inoffensive sous les traits d'un mannequin pour pub Pétrole Hahn, en profite pour faire lui aussi sa mue, et devenir un blond costaud, bagarreur mais coeur d'artichaud. On a beau adorer Daniel Craig, on ne saurait que trop lui conseiller de s'éloigner assez vite de gens comme Paul Haggis, Martin Campbell ou Barbara Broccoli... Quant à son successeur autoproclamé, le Ethan Hunt des Mission : Impossible, il est bien mal en point. Toujours en retard sur la vague, Cruise croit débaucher en JJ Abrams le génie en devenir du moment, mais se rendra compte trop tard (ou pas, d'ailleurs) que celui-ci n'est qu'un bon vendeur de soupe. Leur M:I III (06) est un pathétique renoncement à l'action, d'un cynisme incroyable vis-à-vis du genre. Héros peu motivé ne cachant pas son envie de tourner la page, gimmicks fatigués, McGuffin dont tout le monde se branle explicitement, séquences d'action zappées au profit de scènes de sitcom, cliffhangers malhonnêtes, finale expédié de façon hallucinante : le film concentre tous les défauts des séries télé et fait figure manifeste de non-envie de cinéma.
2007 : and the winner is...
On en arrive à l'an dernier, année pour laquelle il semblait intéressant de renifler les nouvelles tendances du cinéma d'action, étant donné la vitesse à laquelle celles-ci s'amorcent et s'épuisent. Première tendance : un certain retour à un cinéma d'aventures épique, barbare et violent mâtiné de fantasy, dont témoignent le plutôt prenant Apocalypto, le très con mais parfois fun 300 et le supernul Pathfinder. Tout cela devrait déboucher sur la mise en chantier prochaine de Conan, dont la sortie sera un véritable baromètre pour la pérennité du genre, qui pour l'instant n'est pas aussi bien servi qu'il le mériterait.
Deuxième tendance, nettement plus perceptible celle-là : le cinéma de genre regarde en arrière actuellement, empruntant non pas à des univers connexes et contemporains, comme ce fut le cas avec les comics, les séries télé ou le cinéma asiatique auparavant, mais à sa propre histoire. Tout d'abord, une foule de jeunes réals se réclament de "l'esprit des années 70" (sans qu'on nous dise jamais de quoi il s'agit vraiment) : ça donne du polar lymphatique et affecté à la James Gray (La Nuit nous appartient), une assez honnête mais modeste adaptation de Lehane (Gone Baby Gone), un film-dossier de maniaque, appliqué mais un peu fade (Zodiac), voire un film "wannabe badass" mais qui n'a pas les cojones d'aller au bout (Bad Times) ; bref, rien de bien palpitant pour l'amateur de cinéma qui remue les tripes. On remarquera que le meilleur polar de l'année est peut-être l'excellent 7h58 ce samedi-là, réalisé par un Syndney Lumet qui a oeuvré dans les seventies, lui, et qui, à l'instar de Friedkin et son Bug, nous montre qu'il n'a rien perdu de sa classe. Ceux-là sont bien plus modernes qu'un Ridley Scott et son American Gangster tout mou, calibré pour les catégories techniques des Oscars, ou qu'un Edward Zwick et sa bouse paternaliste Blood Diamond.

Contrairement à beaucoup de héros d'action, Jason Bourne, lui, ne regarde pas dans le rétroviseur.
Une poignée de films témoignent par ailleurs que les références n'attendent pas si longtemps pour s'assumer comme principal support de cinéma. Ainsi, le très chouette Hot Fuzz rend ouvertement hommage à Bad Boys 2, Michael Bay touve grâce à Transformers un esprit eighties qui lui va comme un gant, et l'improbable sortie salles de The Marine sonne comme le retour en grâce du bon vieux action movie d'antan, beauf et volontairement crétin. Curieux objet venant de nulle part (du catch US, plus exactement), The Marine synthétise 30 ans d'une certaine idée du film d'action avec son pitch à la Commando, ses extravagances pyrotechniques à la Bay du pauvre, et son 37e degré post-moderne. Avec sa star ressemblant à un hybride Schwarzy / Matt Damon, citant ouvertement Delivrance, Scarface ou Terminator, The Marine est l'archétype, et espérons-le le point de non-retour, d'un cinéma de genre consanguin, qui se pille lui-même à une vitesse hallucinante. Le projet Grindhouse lui-même, s'il ne rentre pas dans cette réflexion du fait de la singularité du segment de Tarantino, montre à quel point la logique de recyclage menace à chaque instant de prendre le pas sur la création.
De ces films à forte valeur nostalgique émerge toutefois le direct au coeur que nous balance Stallone avec son Rocky Balboa, icône trangénérationnelle s'il en est, et preuve que la sincérité d'une oeuvre prime sur son originalité. Le rayon des séquelles fut à cet égard assez diversement enthousiasmant. Si Spider-Man 3, malgré son côté bancal, clôt la saga avec beaucoup d'émotion et de générosité, en offrant des séquences fabuleuses d'une ampleur rarement vues sur un écran, on peut regretter la façon dont se conclut la trilogie Bourne. On pouvait se douter que le personnage se relèverait difficilement de l'absence de Marie (Franka Potente). Sans surprise, La Vengeance dans la peau est un film sans beaucoup d'âme, dont le contenu émotionnel passe à chaque fois par un rappel du personnage de Marie (flashbacks, mimétisme adopté par Nicky/Julia Stiles). Réduit à repomper le précédent sous prétexte de respect du cahier des charges, Grengrass, dont on sent l'envie de voir ailleurs, en fait une course-poursuite fatigante dans les capitales occidentales frappées par le terrorisme (...et alors ?) dont l'enjeu sera la découverte, sans grand intérêt, de la façon dont Bourne est devenu Bourne. Malgré quelques séquences remarquablement chorégraphiées (Londres, Tanger), le film n'a de réussi que sa gestion d'un tempo toujours plus rapide. Cela dit, on préfèrera mille fois cette déception à l'infâme trahison que fut Die Hard 4.0, qui piétine sans vergogne la nature d'un John McClane, transformé en vieux con réac et patriote avec l'assentiment de Bruce Willis, et se foutant de la gueule des geeks avec l'aide de cette tache de Kevin Smith.

Mais, mais... avec quoi Jason Stathamn tient-il son guidon ?
Tout cela pour dire que le meilleur film d'action de 2007 n'est pas forcément celui qu'on attendait, puisque passés tous ces films qui regardent péniblement dans le rétroviseur, il ne reste pas grand-chose, hormis un petit ovni nommé Hyper Tension. A priori, et même si on a de l'affection pour cette grosse brute anglaise de Jason Statham, il n'y avait rien à attendre du premier film d'un duo de pubards newbies, Mark Neverdine et Brian Taylor, et surtout d'un pitch aussi racoleur que le coup du type qui doit s'infliger des décharges d'adrénaline régulièrement pour ne pas mourir. Sauf que !
Sauf que ce concept, débile et bien bourrin en apparence, prétexte à un joyeux enchainement de scènes de flingages, de destruction, de sexe, de prise de produits illicites en tout genre (c'est déjà pas mal !) est aussi un moyen assez finaud de questionner le genre. En effet, le cinéma d'action, et ce encore plus depuis des séries télé type 24, semble soumis à la nécessité de délivrer à fréquence régulière des scènes susceptibles de tenir régulièrement son spectateur en haleine, et en éveil. Dans un société d'hyper-consommation, on peut réduire la fiction populaire, et donc le cinéma d'action, à une succession de stimuli qui suppose une escalade pour devancer l'habitude et l'accoutumance du spectateur. En l'occurrence, une escalade dans le trash qu'illustre bien la scène assez hallucinante de baise en public : il faut au moins ça pour que le personnage reste en vie - comprendre : il faut au moins ça pour que le public continue à regarder !
Une mise en scène roublarde vient appuyer le propos à plusieurs reprises. Tout d'abord, le réveil du personnage de Statham, en caméra subjective, puis la façon dont il se découvre lui-même filmé, grâce à une cassette laissée par ses agresseurs, installe d'entrée l'analogie et l'empathie entre lui et le spectateur. Par la suite, Neverdine et Taylor optent pour une réalisation caméra à l'épaule en grand angle qui évoque à la fois MTV (les cascades ont un côté Jackass), la culture jeu video (dont se réclament les réals, on pense notamment à GTA) et le porno gonzo. Un vrai concentré de pop culture décomplexée, auquel les réals apportent toutefois un point de vue critique assez clair. En effet, le héros est dépeint comme un type autodestructeur, un loser que la soif d'adrénaline pousse à faire des conneries, et cela bien avant qu'il soit empoisonné. Lors d'une scène cruciale où le héros se retrouve chez son ami médecin, ce dernier lui injecte un calmant et notre héros dit "je vais mieux". Ce à quoi le toubib répond : "Non, tu vas très mal, à vrai dire tu vas mourir, c'est juste ce que je t'ai injecté qui te fait planer". La fin, sèche et désenchantée, voit même le héros se rendre compte que sa recherche de sensations fortes l'a fait passer à côté de l'essentiel. Qu'on voie le personnage principal comme un avatar du spectateur lambda du film d'action, ou comme le genre lui-même, ce que raconte Hyper Tension n'est autre que que l'autodestruction programmée d'une course en avant qui ne peut finir que dans le mur, en d'autres termes un regard lucide puisque complice sur une dégénérescence assumée. Pour vous convaincre encore de l'intérêt supérieur du film, je pourrais encore évoquer cette scène hilarante où le héros, frustré que sa copine ne finisse pas sa pipe, va buter gratuitement des bad guys pour se soulager. Rarement l'analogie aura été aussi claire, et l'amateur de fusillades éjaculatoires et de flingues phalliques mis devant sa propre frustration de façon aussi nette !
Alors non seulement il est tout à fait permis de prendre un bon panard devant l'esprit jouissivement badass du film, franchement 2nd degré et peu avare en dérapages gore et cul, mais il n'est pas interdit de trouver ça moins con que ça en a l'air, la démarche étant intentionnelle ou pas de la part de Neverdine et Taylor. Et pour tous les pervers qui ne s'assument pas, cela permettra de justifier l'achat du DVD à votre entourage sceptique...
A suivre donc : Hyper Tension 2 (j'ai hâte !), et sinon, sur ce blog, on verra... Ah si, un mot sur deux absents de ce (déjà beaucoup trop) long sujet...









, un petit retour sur quelques zolis
(ou moins) films de 2007...
), celle qu'ont eu certains films à
ne pas être ce qu'ils prétendaient, ou en tout cas,
à ne pas correspondre à l'idée que l'on
pouvait s'en faire à première vue... Pour le meilleur
ou pour le pire, les uns révélant des richesses
insoupçonnées, les autres se révélant
être de pures arnaques. Bonnes surprises ou
déceptions, voilà quelques films qui avancent
masqués.















