Le hasard fait parfois mal les choses : il y a 4 jours, au milieu d'un week-end de nanars est de films bourrins, je m'émerveillais une nouvelle fois devant la beauté et la puissance du 13e Guerrier de McTiernan, dont les faiblesses relatives, dues à des ellipses plus ou moins volontaires, s'évaporent avec les visions. Quel film, par Odin ! Et bien sûr, j'en ai profité pour maudire une nouvelle fois Michael Crichton, faisant part à mes convives que ce salaud nous privait, selon la légende geek la plus répandue de ces 10 dernières années, d'un chef d'oeuvre invisible à jamais. Pas avant sa mort, tout du moins. De là à la "souhaiter", il y a un pas que tout fan de McTiernan a, je pense, franchi un jour, ne serait-ce qu'inconsciemment.

Et voilà que sa mort arrive. Heureusement, si je peux dire, c'est un cancer. Un accident brutal m'aurait interrogé sur cette morbide coïncidence, et sur ma capacité à infliger le trépas par simple rancoeur. RIP Mr Crichton. Tout salaud qu'il puisse être, les fantasticophiles lui doivent beaucoup et 66 ans c'est quand même jeune. Mais comment ne pas instantanément penser aux conséquences de cette mort sur son "oeuvre", et celles sur lesquelles il a droit, notamment sur ce premier montage du film de McTiernan à l'époque où il s'appelait encore Eaters of the dead. Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est, des centaine, voire des milliers de geeks aux 4 coins du globe voient se raviver en eux l'espoir de voir un jour ce chef d'oeuvre maudit dont nous aurions été privés, par la bienveillance d'un héritier philantrope ou d'un producteur averti.

C'est aussi l'occasion de revenir sur ce fantastique mystère que fut "l'affaire Crichton / McTiernan", relatée entre autres par un génial site français, http://eaters.ifrance.com , qui offre, outre un grand nombre d'articles précieux sur le film (dont ceux d'époque de Rafik Djoumi dans Mad ou Benjamin Rozovas dans DVDvision), des interviews du cast & crew constituant autant de pièces à conviction d'une passionnante mais irrésoluble enquête. Difficile, aujourd'hui, de dire à qui nous devons ce que nous aimons dans le 13e Guerrier, ni si la légende du film maudit est avérée. On peut seulement s'attrister qu'un homme comme Crichton, conteur surdoué mais producteur controversé, nous laisse un souvenir à ce point amer que la pensée de sa mort puisse nous être synonyme de bonne nouvelle.