Les films du miyeu  (Vus) posté le lundi 29 septembre 2008 17:56

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Homme sage pesant le pour et le contre de toute chose et arrivant à l'équilibre

 

Parler cinéma en toute subjectivité, comme souvent sur ces blogs, c'est souvent tenter de faire partager des coups de gueule ou des coups de coeur. On grossit le trait, on s'emporte, on superlativise, on porte aux nues, on descend en flammes, on mouille sa chemise, en essayant d'apporter un vrai point de vue et de susciter le débat. Et pourtant, il y a des films pour lesquels il est assez impossible, même avec beaucoup de mauvaise foi, de s'emporter dans un sens ou dans l'autre. Ce sont tous ces films ni bons ni mauvais, qui ont les défauts de leur qualités et inversement, qu'on peut aimer et désaimer le lendemain, et qu'on hésite à conseiller ou à déconseiller formellement, préférant dire : "ça pourrait peut-être te plaire". Ce sont les films bof, les films mouais, les films moyens, les deux étoiles, les 3/6, ceux qui squattent le milieu d'un classement annuel et qu'on oublie vite en général. Ces fameux films du miyeu, comme dirait une marionnette béarnaise, sont souvent difficile à chroniquer sans passer par les éternelles structures du "oui, mais", "ça commençait bien, mais ça ne tient pas ses promesses", les + / les -", etc., et ça n'est ni très passionnant à lire, ni très exaltant à écrire.

 

Pourtant, il y a des films du miyeu qui sont tellement du miyeu que leur sujet, c'est le miyeu, c'est l'équilibre mou, c'est le mi-figue mi-raisin, c'est la prudence balancée, car "rien n'est vraiment simple" ce qui est commode pour ne traiter finalement de rien. Pour être poli, on appelle souvent ça subtilité, finesse, absence de manichéisme, justesse dans le portrait nuancé des personnages, mais la frontière est souvent assez fine entre la subtilité et la tiédeur, et il faut le dire, le manque d'intensité de ces "comédies dramatiques" (quelle formidable appellation) peut être chiant comme la pluie et agaçant comme une vieille fille hystérique. En parlant de ça...

 

N'écoutez pas l'affiche française du film : ce visuel bien centré indique un film du miyeu

 

Spécialistes des films du miyeu, les cinémas français et anglais contemporains se tirent souvent la bourre pour ce qui est de manquer de cojones, à quelques exceptions près. Et voilà que sortent en même temps les films de leur champion respectif : le populaire tandem Bacri-Jaoui chez nous, pourfendeur d'idées reçues, chantre de la tolérance et du respect d'autrui ; le vénérable Mike Leigh outre-manche, celui qui redonne le sourire à la misère et fait se conjuguer le cinéma social de Loach avec un optimisme presque Capraïen. Parlez-moi de la pluie vs Be Happy, donc, quel sera le plus moyen de ces films moyens sur la moyennitude ? A priori, vu l'affiche, le français part favori, avec son titre qui ne veut rien dire, son histoire qu'on a du mal à savoir de quoi ça parle au juste, et son casting consensuel. L'anglais, qui ose une double injonction avec son titre + tagline et des couleurs vives, a l'air moins du miyeu que d'habitude... Mais s'y laisser prendre serait une grave erreur !

Car, ruse commerciale ou faute d'interprétation des intentions de son auteur, il se trouve que l'affiche de Be Happy dénature complètement le film, faisant du personnage de Poppy ce qu'elle n'est pas : un modèle à suivre, une héroïne des temps modernes qui rend les gens meilleurs, à la Amélie Poulain. Poppy est en réalité un personnage à la Mike Leigh, à savoir une fille qui se démerde comme elle peut, comme nous tous, pour trouver un sens à sa vie et des raisons d'être heureuse. Et si son truc, c'est d'avoir toujours le sourire, d'être exagérement aimable, légère, allumée, elle est aussi drôle qu'épuisante, attachante que déplaisante. Leigh montre ça très bien, en confrontant Poppy à des gens qui réceptionnent sa "positive attitude" de manière très diverse, certains lui renvoyant à quel point cette énergie vitale un peu préfabriquée peut être agressive, voire condescendante. C'est ainsi que Mike Leigh, faisant de son "portrait nuancé de personnages" et de sa "comédie dramatique douce-amère" un vrai discours structuré sur la façon de faire face au monde, parvient à délivrer un message équilibré, plus positif qu'à l'accoutumée, mais lucide. Film moyen, donc, mais moyen +.

 

Djamel, Agnès et Jean-Pierre n'ont pas la patate : voilà donc un plan équilibré

 

Avec Parlez-moi de la pluie, en revanche on tient un cas d'école : un pur film moyen du miyeu qui semble n'avoir comme contenu que l'affirmation que rien n'est plus vrai que son contraire. Comprendre : toute idée est aussitôt nuancée par une autre, qui la contre-balance. Parce que c'est pas simple, la vie, vous savez, et que ben les gens, on ne peut pas leur coller des étiquettes comme ça. Il en va ainsi des personnages, évidemment : celui de Bacri est couillon mais attachant, celui de Jaoui froid mais pas sans coeur, celui de Debbouze idéaliste mais pas mieux que les autres, les paysans sont sympas mais un peu bizarres. On veut partir mais on reste quand même. Dans la vie, on rit mais on pleure aussi. On a droit au procédé sur l'effet du tarpé : ça fait marrer, mais on perd un peu le fil de ses pensées. Et bien sûr, rapport au titre : il fait toujours beau dans le sud mais parfois il pleut aussi. Puisqu'on vous dit que la vie c'est compliqué ! Dans ce cas, ce qui fait que le film n'est que moyen - (sans être mauvais, évidemment, le film moyen est toujours assez plaisant à regarder), c'est que rien d'autre que cette impression d'entre-deux ne s'en dégage. Alternance de bons mots bien écrits (pour faire cinéma) et de répliques-vérités, celles dans lesquelles on se reconnaît bien, "hoho moi aussi je dis ça des fois, c'est fou" (pour faire vrai, donc), le film est évidemment cadré en plans moyens et l'emploi du scope est péniblement justifié.

Il y a peu, des amis internautes cinéphiles confiaient n'avoir jamais réussi à totalement adhérer à Titanic à cause du manichéisme de Cameron envers les personnages, ceux du fiancé et de la mère de Rose notamment. Voilà ce qui se passe quand on regarde trop de films du miyeu, la force des enjeux comme la dimension symbolique du bad guy comme obstacle à franchir pour le héros du film d'aventures apparaissant comme simpliste, "pas assez réaliste" à l'amateur de films du miyeu. A nous, amateurs de cinéma "fort", de faire valoir nos préférences. Cela dit, un film moyen, cela peut aussi se savourer, et l'insistance de certains auteurs à éviter toute idée forte peut parfois se révéler source d'inspiration. Moi-même, ne suis-je pas là en train de faire une appréciation très moyenne de ces films moyens ?

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Tous les commentaires de l'article:
Les films du miyeu

  • emule mailto

    ven 06 nov 2009 21:54

    j`ai vu Be Happy, et c`est un film qui m`a plu bcp

  • Ilan mailto

    jeu 20 nov 2008 19:15

    Tssss... Ne pas accrocher au traitement de certains personnages de Titanic me relèguerait donc immédiatement au rang d'amateur de cinéma tiède ? Fasciste va ! :D