Ma comédie romantique n'est pas une comédie romantique  (Vus) posté le mercredi 27 août 2008 12:33

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Dans le paysage ultra-balisé de la comédie romantique moderne, nombre de films peinent à sortir du lot du fait d'un schéma éternellement identique, lequel offre paradoxalement au genre la garantie d'une certaine pérennité, et peut sanctionner les tentatives trop décalées. Dans ce créneau peu encombré par les analyses, on peut néanmoins constater que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films, que des auteurs de sketches ne sont pas nécessairement des cinéastes, et que notre production hexagonale populaire est loin d'avoir l'audace des soit-disants "produits formatés hollywoodiens".

"Ma vie n'est pas une comédie romantique" devait s'appeler au départ "Ma Vie sans Meg Ryan" et traiter, à travers les déboires sentimentaux d'un geek trentenaire comédie-romanticophile, du décalage entre la vraie vie et ce qu'on nous montre dans les films de Rob Reiner et Nora Ephron. Quand on connaît la difficulté de faire un premier long métrage sans l'étouffer de références, surtout pour un réalisateur cinéphage comme Marc Gibaja créateur avec son coscénariste Laurent Sarfati de "La Minute Blonde", les assumer en les intégrant au récit parait une manière habile de contourner la difficulté. A l'écran et dès la première scène, Gilles Lellouche se pose en relais de l'auteur : outre leur ressemblance physique flagrante, il se console de sa rupture en regardant Nuits Blanches à Seattle avec un T-Shirt questionnant : "Happy Ending ?".


   

Un des "discrets" clins d'oeil du film français à son ascendant US

J'aurais beaucoup aimé aimer ce film, qui d'une certaine manière se propose (involontairement ?) de faire un pont entre la comédie romantique juive new-yorkaise des 80-90's et l'univers plus réaliste, incorrect et peuplé de geeks de la comédie US à la Farrelly / Apatow. J'aurais encore plus aimé qu'il malmène ouvertement les codes du genre et qu'il traite du rapport particulier d'un cinéphage/geek à la réalité, du refuge que peut constituer un monde fictionnel constitué de codes immuables et de l'angoisse que peut lui susciter le monde réel, dans la lignée de ce qu'avaient en partie esquissé et brillamment réussi 40 Ans, tours puceau et Terrain d'Entente.

Hélas, non seulement le film ne traite pas du tout de cela, Gibaja et Sarfati se sentant les cojones pour écrire une vraie comédie romantique presque autonome, mais cet effort louable est copieusement raté, la plupart des scènes ne fonctionnant pas du tout à l'écran. Personnages sans épaisseur, comédie sans rythme, dialogues peu insiprés, romance sans émotion, et par dessus le marché une fâcheuse tendance à la citation totalement gratuite (Marie Gillain se fait la tête de Meg Ryan, le film cite une première fois Quand Harry Rencontre Sally puis les personnages vont même voir le film au ciné : c'est bon, on a compris) qui contredit l'intention contenue dans le titre et empêtre définitivement le film dans une cinéphilie mal digérée et qui n'a aucune vocation à accoucher d'un récit libre et intéressant.

A l'issue d'une fin pitoyable, en forme d'aveu d'impuissance à choisir quel film il voulait faire (happy ending neuneu suivi d'un "non non, ça s'est pas passé comme ça"), Gibaja nous montre, pendant le générique, des images prises "sur le vif" du couple, nature, pas cinégénique, dans leur "vraie vie". C'est plus intéressant que tout ce qui a précédé. Sinon, c'est encore la confirmation d'une bonne et une mauvaise nouvelle : en France, on peut écrire à peu près n'importe quoi et avoir une chance d'en faire un film.

A l'opposé, revoir "Le Mariage de mon Meilleur Ami" de PJ Hogan révèle un tour de force assez culotté pour ce qui paraît être une énième romance convenue avec Julia Roberts en héroïne. Non seulement le film se regarde très agréablement (comprendre : la direction d'acteur, le rythme, les dialogues, sont d'une efficacité imparable) mais le film retourne complètement les codes de la comédie romantique pour en faire un film initiatique teinté de mélodrame aux accents mélancoliques, tout ça sans l'afficher ostensiblement (contrairement à son "concurrent français ci-dessus).

 

Dans la plupart des films du genre, il y a traditionnellement une rivale, de préférence fourbe, prête à tout pour faire capoter une romance dont l'évidence finira par triompher, renforcée dans l'adversité. Elle remplit une fonction d'obstacle qui mettra à l'épreuve l'amour des deux héros, tout en apportant au spectateur un motif de suspense censé jeter le doute dans l'issue favorable de l'histoire. On la déteste forcément, car elle n'est ni vraiment aimable ni honnête, et elle finit logiquement seule : c'est sa punition pour sa bassesse. Sauf que dans ce film, c'est elle, la rivale manipulatrice, qui est le personnage principal, le point d'ancrage du spectateur. Du coup le film bouscule pas mal les réflexes du spectateur, qui se retrouve dans la peau du "bad guy" sans le savoir, le personnage de la future mariée (formidable Cameron Diaz) étant présentée comme la rivale, fille à papa bourgeoise et (fausse) naïve. Au départ d'ailleurs, on souhaite naturellement que Julianne (Julia Roberts, parfaite pour ce rôle ingrat) arrive à ses fins. Puis, on voit ses stratagèmes se retourner contre elle (la scène du karaoké, celles avec l'excellent Rupert Everett en mauvais complice), on la voit s'enfoncer dans l'aveuglement, aller trop loin, sans jamais pouvoir la détester puisque c'est avec elle qu'on a commencé l'histoire. Et quand elle finit par accepter l'évidence, sa vérité intérieure en même temps que la perte de l'être aimé, on est à la fois content de sa trajectoire et dévasté avec elle. Elle finit seule, et ça n'est ni une fin triste ni une fin heureuse, c'est à la fois très douloureux et apaisant, comme tous ces arrachements essentiels pour avancer, et c'est une des fins les plus belles que je connaisse.

On aurait dû s'en douter de la part de PJ Hogan mais on n'a rien vu venir : contre toute attente, ce film n'est pas une comédie romantique, c'est un drame doux-amer sur un personnage délaissé (dans le présent récit comme dans le genre concerné), le rival malheureux qui ne part avec personne au soleil couchant, mais qui aura, pour le mieux, pu franchir une étape personnelle importante de sa vie. Ca n'est pas la seule audace du film (faire de l'héroïne un garçon manqué (f)rigide et de sa "copine moche" un gay séduisant), mais c'est de loin la plus importante. Et ça n'a pas empêché le film d'être un succès.

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Tous les commentaires de l'article:
Ma comédie romantique n'est pas une comédie romantique

  • Citation mailto

    dim 22 fév 2009 08:45

    Bonne chronique, je partage ton point de vue ! ;)