Le boss des mythes  (Y'a pas que les films dans la vie) posté le jeudi 31 juillet 2008 17:38

george lucas, lhomme derrière le mythe, rafik djoumi

 

 

Un presqu'aparté pour saluer ici le travail d'un de mes illustres voisins de palier, dont l'ouvrage ci-dessus est actuellement proposé à un prix qui sent bon le destockage massif sur amazon, et plus directement sur le site de Mona Lisait ou dans leurs boutiques. Que l'auteur ne m'en veuille pas de parler de ce livre magnifique au moment où il est bradé, mais comme dit l'adage... Bref, c'est une merveille, à acheter d'urgence et par palettes, et à offrir à toute connaissance un tant soit peu cinéphile. Donc, pour la grosse lèche,c'est juste après.

 

Cet homme prêche-t-il une communauté geek prosternée à ses pieds ou s'apprête-t-il à être arrêté par les gardiens du temple de Lucasfilm ?

 

Moins funky qu'à son habitude mais dans une écriture d'une simplicité et d'une limpidité absolue, Rafik Djoumi s'inscrit ici, comme à son habitude, dans une démarche critique que j'admire énormément : avec ce qu'il faut d'érudition mise à la portée du plus grand nombre, il parvient à faire partager non pas la vérité ou la valeur objective d'une oeuvre (chose à laquelle s'attachent trop de critiques), mais une vision sur la création cinématographique à laquelle j'adhère parfaitement. Mettant le facteur humain en avant, il propose une analyse de l'oeuvre de Lucas à travers la personnalité de son auteur comme une projection constante de ses obsessions, de ses aspirations, de ses névroses, de son histoire tout simplement. Le côté biographie, assez fourni dans les premiers chapitres, n'est là que pour mettre en lumière et décrypter les futurs choix artistiques de Lucas, dont la carrière complexe n'a peut-être pas d'équivalent en matière de volte-faces et de contradictions, mais aussi d'influence sur la production cinématographique de son époque.

 Il nous permet en outre de retracer l'époque charnière où une célèbre génération de cinéastes ont provoqué, de manière diverse, le basculement entre le cinéma exigent des 70s et le cinéma populaire des 80s, et raconte comment (et surtout pourquoi) Lucas est passé du statut de cinéaste le plus expérimental de la bande et plus proche collaborateur de Coppola, à celui de golden boy hollywoodien en phase avec le public aux côtés de Spielberg, puis businessman redoutable et froid.



              

 Sans surprise, l'influence de Gary Kurtz et de Joseph Campbell font partie des moments forts du livre

 

Enfin il relève, grâce à une structure volontairement calquée sur celle de la théorie de Joseph Campbell, comment le "mythe" que Lucas a péniblement construit pour Star Wars renvoie à sa propre histoire, à son propre mythe. Pour tous les fans de la saga, voilà le livre français dans lequel est expliqué tout ce qu'elle doit à son créateur, mais aussi ce qu'elle ne lui doit pas, insistant sur l'importance capitale dans la réussite de l'oeuvre de quelques collaborateurs peu à peu effacés des tablettes par l'histoire "officielle" voulu par Lucas... Jamais gratuit dans la critique ni dans l'éloge, riche tant en anecdotes qu'en informations sur la façon dont se font les films, le livre n'a qu'un seul défaut : celui d'être trop court. On sent qu'il y a encore pas mal sous la pédale, et on espère que ce livre trop confidentiel (l'édition présente quelques signes extérieurs de manque de moyens) sera le premier d'une belle série...

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Tous les commentaires de l'article:
Le boss des mythes

  • Jorje

    ven 01 aoû 2008 16:17

    Les explications que tu donnes se déduisent aisément à la lecture du livre. ;)

    Petite anecdote sur Kershner, je devais le rencontrer il y a quelques années lors d'une projection de L'Empire contre-attaque au cinéma de St Gilles Croix de vie (oui, la petite station balnéaire vendéenne, Kersh est venu là-bas). Finalement je n'ai pu me déplacer mais j'ai dépêché un émissaire sur place chargé de lui poser la question suivante : "que pensez-vous de la façon dont George Lucas tend à s'arroger la paternité du succès de Star wars, quand on voit ce qu'il fait de la saga (éditions spéciales, nouvelle trilogie) et qu'on apprend que votre film, le préféré des fans, est celui sur lequel il fut le moins présent et celui qu'il aime le moins ?"

    Il paraît que Kershner a ri, puis a dit quelque chose comme ça : "merci de poser cette question, cela me fait plaisir, même si je ne peux pas y répondre. Tous les films sont des oeuvres collectives et parfois la vie est injuste, mais à mon âge, je ne m'embarrasse pas de regrets. Cela dit, vous êtes bien renseigné".

    Il faut dire que je venais de terminer "Empire Building" de Garry Jenkins, sur les conseils d'un certain Rafik Djoumi.

    Merci à toi ;)

  • Rafik Djoumi

    ven 01 aoû 2008 13:24

    Damned !
    Voilà bien un article que je ne m'attendais pas à croiser durant mes pérégrinations internautes.

    J'en profite pour remercier tous ceux qui ont acquis ce livre (oui, même en solde) et qui ont partagé leur avis de lecture sur des sites ou des forums.
    La plupart du temps, j'ai été tout à fait d'accord avec les défauts pointés par les lecteurs : problèmes de mise page, quelques coquilles et surtout une accélération foudroyante sur la période 1983-1999 qui contraste avec le détail des années précédentes.

    En guise d'explication : le bouquin qu'on m'avait commandé au départ faisait dans les 100-150 pages et se voulait un portrait "traditionnel" de Lucas. J'ai négocié pour monter à 220 pages (j'aurais préféré 300) et annoncé que je me concentrerais sur des aspects trop rarement abordés. Toujours est-il que j'ai du tailler à la hache dans la deuxième partie de carrière et que ça n'aide pas à la lecture, c'est évident.
    Enfin, ze big regret : avec une deadline ultra-serrée et zéro frais, il m'a été impossible de partir à la rencontre de Kershner.

    Bref, mon regard est complètement faussé puisque je ne vois dans l'ouvrage que ce qui lui manque et lui fait défaut. Aussi, je suis vraiment content de croiser des avis qui me rappellent qu'il a, aussi, des trucs à lire dedans.


    un Grand Merci

  • Tom Robin

    jeu 31 jui 2008 22:36

    Je m'en voudrais toujours d'être passé à côté de ce livre à sa sortie, lui préférant la biographie officielle. Honte à moi même si je l'ai acheté et lu depuis...




  • Janto

    jeu 31 jui 2008 22:20

    Tiens sur cette photo, Rafik Djoumi a plus de classe que dans Suck my Geek xD

    Super livre sinon