Faux martyrs  (Vus) posté le vendredi 25 juillet 2008 15:27

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Xavier Gens s'apprête à être crucifié (donnez-moi un clou !)

 

Ceux qui lisent attentivement ce blog (on peut toujours rêver {#}) se souviennent peut-être qu'il y a quelques mois y était évoqué le cas de films de genre mal distribués dans l'Hexagone, dont la flatteuse réputation, souvent alimentée par une presse spécialisée pas toujours inspirée, en faisait - à tort selon moi - des martyrs. Je n'avais pu à l'époque chroniquer Frontière(s) de Xavier Gens, faute de l'avoir vu, mais il se plaçait naturellement en tête de la liste desdits martyrs puisqu'il avait suscité chez les fans une attente assez énorme, avant d'être crucifié par une sortie expéditive et des critiques plus que mitigées. La personnalité attachante de Gens, le soutien très actif (et pas neutre du tout) de Yannick Dahan, l'esprit du projet et le contexte dans lequel il est né (prod extrêmement compliquée à cause du harcèlement des financiers pour asptiser le résultat final) avait tout pour faire du film un objet au moins sympathique, doublé d'un nouveau relais du sentiment de persécution plus ou moins fantasmé des fans de films de genre, éventuellement triplé d'un film culte et d'un emblème générationnel (le film se veut inscrit dans son époque et refléter à la fois un climat de conflit social et un état d'esprit de défiance vis-à-vis du pouvoir).

 

Depuis la sortie de Frontière(s) pourtant, le film semble avoir perdu de son attrait, en partie parce que ceux qui y projetaient des attentes démesurées n'y ont pas forcément trouvé ce qu'ils cherchaient, en partie également car la place toute chaude d'étendard d'un cinéma de genre français rentre-dedans (et donc marginal) lui fut vite ravie par le bien nommé Martyrs de Pascal Laugier, dont les premiers échos furent d'une toute autre envergure que ceux de Frontière(s) (il est fréquemment question de chef-d'oeuvre absolu) et dont les démêlés avec la commissions de cens..., euh, "classification" lui ont conféré, outre une visibilité inattendue, l'aura sulfureuse du scandale.

 

 Mylène et Morjana attendant anxieusement la décision de la commission de classification

 

Loin de tout tapage, il était donc temps d'apprécier Frontière(s) à sa juste valeur, ce qui tombe bien puisque le DVD vient de sortir à la location. Le hasard a fait que dans le même après-midi, j'ai pu également voir All the Boys love Mandy Lane. Ce dernier film, qui ne sortira vraisemblablement pas en salles en France, a pourtant bénéficié de quelques papiers élogieux de ceux qui l'ont vu à Deauville ou Gérardmer, notamment dans Mad Movies. En plus de partager avec Frontière(s) cette magnifique (heum) et très tendance couleur moutarde, aussi bien sur l'affiche que dans la trousse du chep op, il s'agirait donc lui aussi d'un de ces super films buzzés dont nous privent les méchants distributeurs à grandes oeillères... Vraiment ?

 

 

Mandy Lane, c'est donc l'histoire d'une teenage bombasse, aussi belle que mystérieuse, qui est la reine des abeilles de son lycée, seulement une reine qui n'a jamais laissé un dard l'approcher jusque là. Invitée par 5 autres ados à un week-end festif dans un ranch paumé, Mandy attise les convoitises des garçons et suscite l'envie des filles. Et il y a ce garde ténébreux, qui ne semble pas  insensible à son charme juvénile... Tout ce petit monde se jette des regards lourds de sous-entendus quand, à la nuit tombée, un invité surprise se met à les dézinguer un par un.

 

 L'idée de départ, pas mauvaise en soi, est de tenter un pont entre le néo-slasher et le film "d'auteur" sur l'adolescence, type Larry Clark / Gus Van Sant. Un mix entre Vendredi 13 et Elephant, en somme, où les codes ultra-rigides du slasher seraient prétexte à une évocation de la violence des rapports humains entre ados, et du malaise existentiel propre à cette période de la vie. Il fallait y penser, et cette relecture d'un genre moribond avait de quoi attirer les fans du genre aussi bien qu'un public plus exigent.

 

 

Mandy Lane is in my ears and in my eyes...

 

Et honnêtement, j'y ai cru... au moins une bonne demi-heure. La première séquence surprend par sa maîtrise, sa présentation de personnages non stéréotypés, son ton ouvertement mélancolique et dramatique. La suite continue de promettre quelque chose d'intéressant, notamment en situant la nuit fatidique dans un cadre inhabituel (un ranch texan peu cinégénique), mais au fil des minutes, l'intérêt se désagrège progressivement. Jonathan Levine, jeune réalisateur, alterne scènes d'atmosphère pseudo-signifiantes, de dialogues tourne-en-rond, et de meutre assez plates, sans que son film ne soit porté par une cohérence, une vision, une dynamique fortes. Quand il prend une liberté avec les codes du slasher (le tueur est exposé assez rapidement), c'est pour y retomber aussi sec (il y a évidemment un twist final, assez prévisible de surcroit). Pire que tout : lui qui pensait transcender le genre en y incorporant un peu d'humanité, voire un discours humaniste, ne parvient jamais à faire réellement exister ses personnages, soit transparents soit opaques. Comble du pétard mouillé, celui de la supposée irrésistible Mandy Lane parvient difficilement à provoquer une demi-molle...

Bref, c'est une déception, qui nous rappelle la nécessité de prendre des pincettes en cas de buzz et de pseudo-films incompris.

 

 A la vue du film, on ne peut que donner raison à la tagline

 

Dans le cas de Frontière(s), disons-le d'emblée, on n'est plus dans le domaine de la déception, mais dans celui de l'arnaque pure et simple. Dire qu'il est des gens, dont l'avis m'importe habituellement, pour défendre (sincèrement ?) ce film me semble relever de l'hallucination totale, tant je l'ai détesté.

 

 "Bienvenue dans les Ardennes" où comment faire un film en forme de banderolle du PSG

 

Comment regarder jusqu'au bout, sans être embarassé, cette histoire de fuite de jeunes banlieusards, cons comme la lune et pas sympathiques, confrontés à la bande de méchants la plus ridicule du cinéma d'horreur "sérieux" ? Passons sur l'image que se fait le méditerrannéen Xavier Gens de la cambrousse du nord-est de la France, évidemment peuplée de familles consanguines, tarées jusqu'à l'os et nazies jusqu'au bout des ongle. Mais comment accepter au 1er degré cette galerie de personnages : le père sifflotant Lili Marleen et casant des "Arbeit macht frei" au cas où la raie sur le côté, les gants et l'accent n'auraient pas suffit ; les filles top-model nymphomanes ; les fils bouchers cannibales, sauf celui qui a réussi et qui est gendarme (lol) ??!! Comment ne pas être atterré devant la bêtise du scénario et de ses péripéties ineptes (le pompon revenant au concept de "race pure" passant par le brassage ethnique, re-lol) ??!!

 

Alors certes, on peut toujours saluer l'intention de Gens de faire un film énervé, radical et sincère, s'appuyant sur le contexte politique actuel pour faire un survival "social", mais à ce point-là de maladresse et d'amateurisme (3 plans qui ont de la gueule ne suffisent pas), on serait presque tenté de lui demander de s'abstenir la prochaine fois. Même avec beaucoup de complaisance pour le genre, et en espérant que la production hexagonale se diversifie dans ce sens, il est difficile d'accorder du crédit à Frontière(s) tant ce film semble donner des arguments aux détracteurs dudit genre. On ne le répetera jamais assez : en matière de cinéma, c'est rarement l'intention qui compte.

 

Von Gleiss et sa fille Gilberta : deux futures icônes du nanar made in France

 

J'ai eu à plusieurs reprises envie d'arrêter le film, pas par dégoût (le film n'est pas si gore que ça) mais par rejet de tant de nullité, de tant de gâchis. La seule alternative étant d'en rire, j'avoue m'être vite vien poilé devant les prestations hilarantes d'Estelle Lefébure en super-salope, de Maud Forget en neuneu et surtout de Samuel Le Bihan, bien plus à l'aise en gros facho psychopathe que dans tous ses autres rôles. En revanche, j'ai eu mal pour la jeune Karina Testa, qui ne s'en tire pas si mal, mais surtout qui semble prendre son rôle très au sérieux et se met dans des états pas possibles pour nous en convaincre. Les rares plans marquants du film au premier degré lui doivent beaucoup.

 

Il est donc urgent de décoller de Frontière(s) l'étiquette de petite bombe maudite que certains ont voulu lui mettre. Pour ma part, et malgré tout le respect que je peux avoir pour la démarche de Gens, je remplacerais bien l'étiquette par celle de gros nanar pour spectateurs pervers, à remater pour se marrer. Et vous l'aurez compris, même si j'attends Martyrs comme un fou (et peut-être Vinyan encore davantage), je suis plus que jamais prudent vis-à-vis de toutes les futures "petites bombes qu'on veut nous cacher" (suivez mon regard), en espérant toutefois que parmi elles se cachent encore quelques belles surprises...

 

 Reece Shearsmith et Jennifer Ellison, les deux révélations de l'admirable Bienvenue au Cottage

 

Tiens, ça me fait penser, j'ai aussi vu Bienvenue au Cottage dernièrement. Et c'était à la fois bien plus modeste et bien mieux foutu que les deux films sus-cités. Mais allez savoir pourquoi, le buzz autour de ce film est quasi-inexistant. Peut-être parce que le réal, qui ne se dit pas fan du genre, ne cherche pas à s'attirer les faveurs du fan et déclare n'avoir fait son film que pour faire ses preuves sur un métrage fun et peu cher à monter. Peut-être aussi parce qu'il ne s'embarrasse pas de grandes déclarations d'intention, et laisse parler son film pour lui. Vous l'avez vu ?

 

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