Autre grosse tendance de ce premier trimestre 2008 (non non, je
ne rame pas du tout pour trouver mes thématiques !
), celle qu'ont eu certains films à
ne pas être ce qu'ils prétendaient, ou en tout cas,
à ne pas correspondre à l'idée que l'on
pouvait s'en faire à première vue... Pour le meilleur
ou pour le pire, les uns révélant des richesses
insoupçonnées, les autres se révélant
être de pures arnaques. Bonnes surprises ou
déceptions, voilà quelques films qui avancent
masqués.
REVIENS-MOI, de Joe Wright
Ce qu'il n'est pas : un love story cucul, avec amants séparés par la guerre et tourbillon romantique.
Ce qu'il est : la bande-annonce ne dit pas que la nouvelle originale s'appelle "Expiation" et que c'est avant tout une histoire de culpabilité et de pardon impossible, dont le rôle principal est une petite fille et non les amants joués par Keira Knightley et James McAvoy. A la faveur d'un twist final culotté, le film devient même une réflexion sur la création artistique et ce qui la fonde.
Et alors ? : que le filme surprenne et intrigue dès le départ en empreintant une voie peu classique et incertaine est une bonne chose, sans conteste, et surtout dans ce qu'on pensait être une énième romance victorienne et corsetée. La première partie recèle, malgré la lourdeur des choix artistiques de Joe Wright, quelques belles scènes. Mais la suite prend rapidement des allures de démonstration vaine de la part du réalisateur (dont un plan-séquence ronflant sur la plage de Dunkerque), d'autant que celui-ci laisse toujours le spectateur avec une longueur de retard sur la compréhension des véritables enjeux du récit, et donc de l'émotion. Jusqu'à ce twist certes intéressant, mais qui fonctionne beaucoup mieux sur le mode littéraire que cinématographique (rigueur du point de vue oblige) et que l'on peut légitimement ne pas digérer.

Le jeu de la semaine : trouvez sur l'affiche de Reviens-Moi son personnage principal
INTO THE WILD de Sean Penn
Ce qu'il n'est pas : un film existentiel, méditatif et contemplatif sur le retour à la nature, la solitude et l'isolement de la civilisation moderne.
Ce qu'il est : une introspection progressive et douloureuse sur ce qui a poussé Christopher McCandless à fuir son "monde".
Et alors ? : en privilégiant l'approche psychologique de ce qu'il dépeint comme un drame familial plutôt que de s'appuyer sur une hypothétique philosophie de vie propre à ceux qui renoncent à la civilisation et brocardent la modernité, Sean Penn prend le risque de décevoir tous les jeunes en mal de révolte et autres bobos en pleine crise identitaire, attirés par une affiche qui leur promettait un voyage spirituel dans les grands espaces. Il annihile également toute icônisation de McCandless, préférant avec un certain courage (honnêteté aussi) en faire un gamin qui a surtout besoin d'une psychanalyse plutôt qu'un nouveau Jack Kerouac.
Ne faisant pas durer un plan plus de 3 secondes ou ne laissant jamais son personnage seul trop longtemps, Penn raconte comment ce fils de bonne famille, touché par un mensonge familial dans son identité même, va partir à la recherche de sa vérité, synonyme pour lui de disparition. Exploitant cinématographiquement cette idée sans que beaucoup ne s'en aperçoivent, Penn fait de McCandless un personnage-fantôme, incapable de penser par lui-même, enfermé dans une impasse identitaire jusque dans ses rencontres, pour qui il incarne toujours un "autre" (un fils disparu, un amant impossible, Dieu...). Quand il agit sur son environnement, il révèle un mensonge ou un secret, il provoque des catastrophes (la scène de l'élan). Sa quête d'autosuffisance étant un échec, il va comprendre qu'il n'existera vraiment que dans la mort, qui arrivera à la suite d'une improbable imprudence, assimilable à un suicide inconscient. Décadré, flouté, surimprimé ou négligé par la caméra de Penn durant tout le métrage, il ne sera réellement filmé que décharné et mourant, dans ce moment où il peut retrouver son vrai nom, penser à l'union retrouvée, grâce à lui, de sa famille, et rêver d'une dernière étreinte souriante, la mort venant soulager la douleur et la culpabilité d'être né inutile, car n'empêchant pas le désamour de ses parents. Sean Penn, lui-même frère d'un Chris décédé, raconte par le biais de la soeur de McCandless un drame bouleversant.

L'accroche de l'affiche d'Into the Wild sonne moins touristique une fois le film vu...
SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ de Michel Gondry
Ce qu'il n'est pas : un hommage aux geeks et à ce qui fonde la culture populaire (et à y réflechir, on n'est même pas sûr que ça soit un vrai film avec des personnages dedans).
Ce qu'il est : un nouveau délire égotiste d'un clippeur doué pour saccager des pitchs déments.
Et alors ? : on attendait avec impatience de voir, et d'enfin apprécier, ce que le très surestimé réal français pouvait faire de ce rêve de geek. Le résultat est sans appel pour Gondry : non seulement son film réussit à ennuyer en 1h30 (2-3 gags poseurs pour le mieux), mais il étale dans ce film toute sa prétention et ce qui le sépare d'un vrai cinéaste. Pour lui, un film ce n'est pas une histoire, des personnages, des émotions, une thématique transcendée par la mise en scène, ce sont des vignettes illustratives plus ou moins rigolotes. Sa relecture de films populaires est révélatrice : pure régurgitation à travers une esthétique en papier mâché qui lui est popre, certes (et inventive dans une certaine mesure), mais complètement désincarnée et privée de ce qui en a fait le succès. Incapable de toucher à ce que des films comme RoboCop, Ghostbusters ou même Rush Hour peuvent avoir de précieux et d'universel, Gondry nous impose sa vision incroyablement réductrice du cinéma, tout en fantasmant des qualités fédératrices complètement illusoires à son imaginaire. Pour tous ceux qui aiment les films en question, un tel contre-sens est pénible, voire insupportable. D'ores et déjà, le film n'existe plus que par les promesses de son pitch et le mouvement des "films suédés" qu'il a engendré, où les vrais fans de cinoche populaire peuvent se réapproprier leurs oeuvres fétiches, avec amour cette fois. C'est déjà ça.

"Soyez Ingrats, Embobinez" aurait pu s'appeler le plus grand piège à geek de l'année
A suivre : une spéciale "polars français" qui aurait tout aussi bien pu intégrer cette thématique, tant les films en question dérogent également à ce qu'ils prétendent être... ;)



