Eat heirs of the dead  posté le jeudi 06 novembre 2008 16:08

 

Le hasard fait parfois mal les choses : il y a 4 jours, au milieu d'un week-end de nanars est de films bourrins, je m'émerveillais une nouvelle fois devant la beauté et la puissance du 13e Guerrier de McTiernan, dont les faiblesses relatives, dues à des ellipses plus ou moins volontaires, s'évaporent avec les visions. Quel film, par Odin ! Et bien sûr, j'en ai profité pour maudire une nouvelle fois Michael Crichton, faisant part à mes convives que ce salaud nous privait, selon la légende geek la plus répandue de ces 10 dernières années, d'un chef d'oeuvre invisible à jamais. Pas avant sa mort, tout du moins. De là à la "souhaiter", il y a un pas que tout fan de McTiernan a, je pense, franchi un jour, ne serait-ce qu'inconsciemment.

 

 

Et voilà que sa mort arrive. Heureusement, si je peux dire, c'est un cancer. Un accident brutal m'aurait interrogé sur cette morbide coïncidence, et sur ma capacité à infliger le trépas par simple rancoeur. RIP Mr Crichton. Tout salaud qu'il puisse être, les fantasticophiles lui doivent beaucoup et 66 ans c'est quand même jeune. Mais comment ne pas instantanément penser aux conséquences de cette mort sur son "oeuvre", et celles sur lesquelles il a droit, notamment sur ce premier montage du film de McTiernan à l'époque où il s'appelait encore Eaters of the dead. Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est, des centaine, voire des milliers de geeks aux 4 coins du globe voient se raviver en eux l'espoir de voir un jour ce chef d'oeuvre maudit dont nous aurions été privés, par la bienveillance d'un héritier philantrope ou d'un producteur averti.

 

 

C'est aussi l'occasion de revenir sur ce fantastique mystère que fut "l'affaire Crichton / McTiernan", relatée entre autres par un génial site français, http://eaters.ifrance.com , qui offre, outre un grand nombre d'articles précieux sur le film (dont ceux d'époque de Rafik Djoumi dans Mad ou Benjamin Rozovas dans DVDvision), des interviews du cast & crew constituant autant de pièces à conviction d'une passionnante mais irrésoluble enquête. Difficile, aujourd'hui, de dire à qui nous devons ce que nous aimons dans le 13e Guerrier, ni si la légende du film maudit est avérée. On peut seulement s'attrister qu'un homme comme Crichton, conteur surdoué mais producteur controversé, nous laisse un souvenir à ce point amer que la pensée de sa mort puisse nous être synonyme de bonne nouvelle.

lien permanent

Les films du miyeu  (Vus) posté le lundi 29 septembre 2008 17:56

Homme sage pesant le pour et le contre de toute chose et arrivant à l'équilibre

 

Parler cinéma en toute subjectivité, comme souvent sur ces blogs, c'est souvent tenter de faire partager des coups de gueule ou des coups de coeur. On grossit le trait, on s'emporte, on superlativise, on porte aux nues, on descend en flammes, on mouille sa chemise, en essayant d'apporter un vrai point de vue et de susciter le débat. Et pourtant, il y a des films pour lesquels il est assez impossible, même avec beaucoup de mauvaise foi, de s'emporter dans un sens ou dans l'autre. Ce sont tous ces films ni bons ni mauvais, qui ont les défauts de leur qualités et inversement, qu'on peut aimer et désaimer le lendemain, et qu'on hésite à conseiller ou à déconseiller formellement, préférant dire : "ça pourrait peut-être te plaire". Ce sont les films bof, les films mouais, les films moyens, les deux étoiles, les 3/6, ceux qui squattent le milieu d'un classement annuel et qu'on oublie vite en général. Ces fameux films du miyeu, comme dirait une marionnette béarnaise, sont souvent difficile à chroniquer sans passer par les éternelles structures du "oui, mais", "ça commençait bien, mais ça ne tient pas ses promesses", les + / les -", etc., et ça n'est ni très passionnant à lire, ni très exaltant à écrire.

 

Pourtant, il y a des films du miyeu qui sont tellement du miyeu que leur sujet, c'est le miyeu, c'est l'équilibre mou, c'est le mi-figue mi-raisin, c'est la prudence balancée, car "rien n'est vraiment simple" ce qui est commode pour ne traiter finalement de rien. Pour être poli, on appelle souvent ça subtilité, finesse, absence de manichéisme, justesse dans le portrait nuancé des personnages, mais la frontière est souvent assez fine entre la subtilité et la tiédeur, et il faut le dire, le manque d'intensité de ces "comédies dramatiques" (quelle formidable appellation) peut être chiant comme la pluie et agaçant comme une vieille fille hystérique. En parlant de ça...

 

N'écoutez pas l'affiche française du film : ce visuel bien centré indique un film du miyeu

 

Spécialistes des films du miyeu, les cinémas français et anglais contemporains se tirent souvent la bourre pour ce qui est de manquer de cojones, à quelques exceptions près. Et voilà que sortent en même temps les films de leur champion respectif : le populaire tandem Bacri-Jaoui chez nous, pourfendeur d'idées reçues, chantre de la tolérance et du respect d'autrui ; le vénérable Mike Leigh outre-manche, celui qui redonne le sourire à la misère et fait se conjuguer le cinéma social de Loach avec un optimisme presque Capraïen. Parlez-moi de la pluie vs Be Happy, donc, quel sera le plus moyen de ces films moyens sur la moyennitude ? A priori, vu l'affiche, le français part favori, avec son titre qui ne veut rien dire, son histoire qu'on a du mal à savoir de quoi ça parle au juste, et son casting consensuel. L'anglais, qui ose une double injonction avec son titre + tagline et des couleurs vives, a l'air moins du miyeu que d'habitude... Mais s'y laisser prendre serait une grave erreur !

Car, ruse commerciale ou faute d'interprétation des intentions de son auteur, il se trouve que l'affiche de Be Happy dénature complètement le film, faisant du personnage de Poppy ce qu'elle n'est pas : un modèle à suivre, une héroïne des temps modernes qui rend les gens meilleurs, à la Amélie Poulain. Poppy est en réalité un personnage à la Mike Leigh, à savoir une fille qui se démerde comme elle peut, comme nous tous, pour trouver un sens à sa vie et des raisons d'être heureuse. Et si son truc, c'est d'avoir toujours le sourire, d'être exagérement aimable, légère, allumée, elle est aussi drôle qu'épuisante, attachante que déplaisante. Leigh montre ça très bien, en confrontant Poppy à des gens qui réceptionnent sa "positive attitude" de manière très diverse, certains lui renvoyant à quel point cette énergie vitale un peu préfabriquée peut être agressive, voire condescendante. C'est ainsi que Mike Leigh, faisant de son "portrait nuancé de personnages" et de sa "comédie dramatique douce-amère" un vrai discours structuré sur la façon de faire face au monde, parvient à délivrer un message équilibré, plus positif qu'à l'accoutumée, mais lucide. Film moyen, donc, mais moyen +.

 

Djamel, Agnès et Jean-Pierre n'ont pas la patate : voilà donc un plan équilibré

 

Avec Parlez-moi de la pluie, en revanche on tient un cas d'école : un pur film moyen du miyeu qui semble n'avoir comme contenu que l'affirmation que rien n'est plus vrai que son contraire. Comprendre : toute idée est aussitôt nuancée par une autre, qui la contre-balance. Parce que c'est pas simple, la vie, vous savez, et que ben les gens, on ne peut pas leur coller des étiquettes comme ça. Il en va ainsi des personnages, évidemment : celui de Bacri est couillon mais attachant, celui de Jaoui froid mais pas sans coeur, celui de Debbouze idéaliste mais pas mieux que les autres, les paysans sont sympas mais un peu bizarres. On veut partir mais on reste quand même. Dans la vie, on rit mais on pleure aussi. On a droit au procédé sur l'effet du tarpé : ça fait marrer, mais on perd un peu le fil de ses pensées. Et bien sûr, rapport au titre : il fait toujours beau dans le sud mais parfois il pleut aussi. Puisqu'on vous dit que la vie c'est compliqué ! Dans ce cas, ce qui fait que le film n'est que moyen - (sans être mauvais, évidemment, le film moyen est toujours assez plaisant à regarder), c'est que rien d'autre que cette impression d'entre-deux ne s'en dégage. Alternance de bons mots bien écrits (pour faire cinéma) et de répliques-vérités, celles dans lesquelles on se reconnaît bien, "hoho moi aussi je dis ça des fois, c'est fou" (pour faire vrai, donc), le film est évidemment cadré en plans moyens et l'emploi du scope est péniblement justifié.

Il y a peu, des amis internautes cinéphiles confiaient n'avoir jamais réussi à totalement adhérer à Titanic à cause du manichéisme de Cameron envers les personnages, ceux du fiancé et de la mère de Rose notamment. Voilà ce qui se passe quand on regarde trop de films du miyeu, la force des enjeux comme la dimension symbolique du bad guy comme obstacle à franchir pour le héros du film d'aventures apparaissant comme simpliste, "pas assez réaliste" à l'amateur de films du miyeu. A nous, amateurs de cinéma "fort", de faire valoir nos préférences. Cela dit, un film moyen, cela peut aussi se savourer, et l'insistance de certains auteurs à éviter toute idée forte peut parfois se révéler source d'inspiration. Moi-même, ne suis-je pas là en train de faire une appréciation très moyenne de ces films moyens ?

lien permanent

L'horreur en face  (Vus) posté le mercredi 24 septembre 2008 11:56

Un bref retour sur un film vu juste avant de partir en vacances, et dont je ne savais au juste pas quoi penser à la sortie... Désarmant par son entièreté et sa radicalité, très dérangeant dans sa conclusion, Martyrs m'avait pourtant ému à de nombreuses reprises et laissé, comme rarement, sur le carreau à la fin de la projection. Sûr que le film peut entraîner un rejet total, sûr même qu'on puisse lui trouver des défauts énormes et des airs de baudruche gonflée à la prétention... Mais il se trouve qu'avec le temps, je trouve Martyrs de plus en plus riche, et propice à une vraie réflexion sur le genre qu'il aborde, ce qui est rare.

Laugier, en fan de film d'horreur, nous montre ce que représente pour lui le cinéma d'horreur : ça n'est pas se faire peur gentiment et prendre de la distance dès qu'on sent le malaise arriver, c'est au contraire trouver quelque chose qui fasse écho à un malaise profond, à une peur réelle et terrible, à une douleur qui pourrait rendre fou, et tenter de mieux les comprendre. Ce qui est génial, quand on met de côté les quelques maladresses du film et tout ce qui peut déranger, révulser dans cette idée, c'est qu'il ose ce que personne n'a vraiment osé dans ce cinéma-là : parler ouvertement de la facette séduisante, attirante, fascinante, de la douleur et de la souffrance. Pour cela, on pourrait dire qu'il se place, en deux temps, au-delà du cinéma d'horreur car il commence son histoire après une première histoire qui nous est racontée en flashbacks (l'agression du personnage de Jampanoï enfant) et qui aurait pu donner lieu à un survival lambda (un Hostel ou un Saw, au hasard).

Et que dit Laugier ? Dans un premier temps, que la traditionnelle victime / héroïne, celle qui survit à la fin du film d'horreur, n'est pas tirée d'affaire. Non seulement elle gardera l'horreur en elle toute sa vie, mais elle risque de devenir bourreau à son tour et d'avoir recours à la violence, sur elle-même et sur les autres, pour exorciser ce qu'elle a vécu. Contamination par la violence, cercle de la vengeance : il n'y a pas de fin, pas de survivant, c'est toujours le mal qui gagne. Voilà pour ceux qui pensent le genre comme une attraction.

Dans un deuxième temps, à travers un personnage, spectateur innocent qui devient victime, Laugier va encore plus loin dans son questionnement du rapport à la souffrance. Bien sûr, il s'adresse à nous : que recherche-t-on dans les films d'horreur, dans cette posture passive qui consiste à subir des traumatismes ? Plutôt que de se poser en moraliste comme un Haneke (qui n'aime pas le genre, mais y a recours pour donner une leçon à son spectateur qu'il méprise), Laugier sait de quoi il parle car il est aussi à notre place.

 

Concrètement, il pose la question de ce qu'on peut aimer , ou en tout cas chercher, dans l'horreur, et la pose très directement. En brouillant complètement nos réflexes, non seulement il renonce à un final rassurant, mais il nous met face à l'inconcevable : il y a dans l'horreur (ou au-delà) une réponse à chercher.

Le réalisateur n'a cessé de dire qu'il était lui même très mal quand il a écrit le film, on s'en doute, ça se voit. Il l'exploite très bien dans une première partie rageuse et cathartique. Mais son mal est probablement tellement intime, profond, qu'il l'a apprivoisé, qu'il se sent paradoxalement bien avec, et qu'il peut dialoguer avec lui à travers les codes d'un cinéma qu'il affectionne. Ce dialogue intime avec la souffrance auquel nous invite Laugier lui permet de transcender toutes les barrières de bien et de mal, de fusionner les conditions de bourreau / victime (ne sommes-nous pas, spectateurs de films d'horreur, les deux à la fois, emptahiques avec les victimes mais consentants à les regarder souffrir ?), pour mettre tout le monde face aux grand mystère de la Mort et à notre propension à nous en rapprocher pour la questionner. Si sa conclusion est si bouleversante, c'est parce qu'elle met en lien des émotions rarement associées (douleur physique / douleur mentale), qu'elle parle frontalement d'amour et de mort, et nous renvoie, au-delà de tout espoir, à l'expression la plus vive de ces deux grands vides que sont l'absence et l'inconnu.

Franchement, je ne pensais pas qu'un jour, un film d'horreur arriverait à poser ces questions-là. Ce qui fait de Martyrs, pour moi, un monument du genre.

 

lien permanent

Ma comédie romantique n'est pas une comédie romantique  (Vus) posté le mercredi 27 août 2008 12:33

Dans le paysage ultra-balisé de la comédie romantique moderne, nombre de films peinent à sortir du lot du fait d'un schéma éternellement identique, lequel offre paradoxalement au genre la garantie d'une certaine pérennité, et peut sanctionner les tentatives trop décalées. Dans ce créneau peu encombré par les analyses, on peut néanmoins constater que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films, que des auteurs de sketches ne sont pas nécessairement des cinéastes, et que notre production hexagonale populaire est loin d'avoir l'audace des soit-disants "produits formatés hollywoodiens".

"Ma vie n'est pas une comédie romantique" devait s'appeler au départ "Ma Vie sans Meg Ryan" et traiter, à travers les déboires sentimentaux d'un geek trentenaire comédie-romanticophile, du décalage entre la vraie vie et ce qu'on nous montre dans les films de Rob Reiner et Nora Ephron. Quand on connaît la difficulté de faire un premier long métrage sans l'étouffer de références, surtout pour un réalisateur cinéphage comme Marc Gibaja créateur avec son coscénariste Laurent Sarfati de "La Minute Blonde", les assumer en les intégrant au récit parait une manière habile de contourner la difficulté. A l'écran et dès la première scène, Gilles Lellouche se pose en relais de l'auteur : outre leur ressemblance physique flagrante, il se console de sa rupture en regardant Nuits Blanches à Seattle avec un T-Shirt questionnant : "Happy Ending ?".


   

Un des "discrets" clins d'oeil du film français à son ascendant US

J'aurais beaucoup aimé aimer ce film, qui d'une certaine manière se propose (involontairement ?) de faire un pont entre la comédie romantique juive new-yorkaise des 80-90's et l'univers plus réaliste, incorrect et peuplé de geeks de la comédie US à la Farrelly / Apatow. J'aurais encore plus aimé qu'il malmène ouvertement les codes du genre et qu'il traite du rapport particulier d'un cinéphage/geek à la réalité, du refuge que peut constituer un monde fictionnel constitué de codes immuables et de l'angoisse que peut lui susciter le monde réel, dans la lignée de ce qu'avaient en partie esquissé et brillamment réussi 40 Ans, tours puceau et Terrain d'Entente.

Hélas, non seulement le film ne traite pas du tout de cela, Gibaja et Sarfati se sentant les cojones pour écrire une vraie comédie romantique presque autonome, mais cet effort louable est copieusement raté, la plupart des scènes ne fonctionnant pas du tout à l'écran. Personnages sans épaisseur, comédie sans rythme, dialogues peu insiprés, romance sans émotion, et par dessus le marché une fâcheuse tendance à la citation totalement gratuite (Marie Gillain se fait la tête de Meg Ryan, le film cite une première fois Quand Harry Rencontre Sally puis les personnages vont même voir le film au ciné : c'est bon, on a compris) qui contredit l'intention contenue dans le titre et empêtre définitivement le film dans une cinéphilie mal digérée et qui n'a aucune vocation à accoucher d'un récit libre et intéressant.

A l'issue d'une fin pitoyable, en forme d'aveu d'impuissance à choisir quel film il voulait faire (happy ending neuneu suivi d'un "non non, ça s'est pas passé comme ça"), Gibaja nous montre, pendant le générique, des images prises "sur le vif" du couple, nature, pas cinégénique, dans leur "vraie vie". C'est plus intéressant que tout ce qui a précédé. Sinon, c'est encore la confirmation d'une bonne et une mauvaise nouvelle : en France, on peut écrire à peu près n'importe quoi et avoir une chance d'en faire un film.

A l'opposé, revoir "Le Mariage de mon Meilleur Ami" de PJ Hogan révèle un tour de force assez culotté pour ce qui paraît être une énième romance convenue avec Julia Roberts en héroïne. Non seulement le film se regarde très agréablement (comprendre : la direction d'acteur, le rythme, les dialogues, sont d'une efficacité imparable) mais le film retourne complètement les codes de la comédie romantique pour en faire un film initiatique teinté de mélodrame aux accents mélancoliques, tout ça sans l'afficher ostensiblement (contrairement à son "concurrent français ci-dessus).

 

Dans la plupart des films du genre, il y a traditionnellement une rivale, de préférence fourbe, prête à tout pour faire capoter une romance dont l'évidence finira par triompher, renforcée dans l'adversité. Elle remplit une fonction d'obstacle qui mettra à l'épreuve l'amour des deux héros, tout en apportant au spectateur un motif de suspense censé jeter le doute dans l'issue favorable de l'histoire. On la déteste forcément, car elle n'est ni vraiment aimable ni honnête, et elle finit logiquement seule : c'est sa punition pour sa bassesse. Sauf que dans ce film, c'est elle, la rivale manipulatrice, qui est le personnage principal, le point d'ancrage du spectateur. Du coup le film bouscule pas mal les réflexes du spectateur, qui se retrouve dans la peau du "bad guy" sans le savoir, le personnage de la future mariée (formidable Cameron Diaz) étant présentée comme la rivale, fille à papa bourgeoise et (fausse) naïve. Au départ d'ailleurs, on souhaite naturellement que Julianne (Julia Roberts, parfaite pour ce rôle ingrat) arrive à ses fins. Puis, on voit ses stratagèmes se retourner contre elle (la scène du karaoké, celles avec l'excellent Rupert Everett en mauvais complice), on la voit s'enfoncer dans l'aveuglement, aller trop loin, sans jamais pouvoir la détester puisque c'est avec elle qu'on a commencé l'histoire. Et quand elle finit par accepter l'évidence, sa vérité intérieure en même temps que la perte de l'être aimé, on est à la fois content de sa trajectoire et dévasté avec elle. Elle finit seule, et ça n'est ni une fin triste ni une fin heureuse, c'est à la fois très douloureux et apaisant, comme tous ces arrachements essentiels pour avancer, et c'est une des fins les plus belles que je connaisse.

On aurait dû s'en douter de la part de PJ Hogan mais on n'a rien vu venir : contre toute attente, ce film n'est pas une comédie romantique, c'est un drame doux-amer sur un personnage délaissé (dans le présent récit comme dans le genre concerné), le rival malheureux qui ne part avec personne au soleil couchant, mais qui aura, pour le mieux, pu franchir une étape personnelle importante de sa vie. Ca n'est pas la seule audace du film (faire de l'héroïne un garçon manqué (f)rigide et de sa "copine moche" un gay séduisant), mais c'est de loin la plus importante. Et ça n'a pas empêché le film d'être un succès.

lien permanent

Le boss des mythes  (Y'a pas que les films dans la vie) posté le jeudi 31 juillet 2008 17:38

 

 

Un presqu'aparté pour saluer ici le travail d'un de mes illustres voisins de palier, dont l'ouvrage ci-dessus est actuellement proposé à un prix qui sent bon le destockage massif sur amazon, et plus directement sur le site de Mona Lisait ou dans leurs boutiques. Que l'auteur ne m'en veuille pas de parler de ce livre magnifique au moment où il est bradé, mais comme dit l'adage... Bref, c'est une merveille, à acheter d'urgence et par palettes, et à offrir à toute connaissance un tant soit peu cinéphile. Donc, pour la grosse lèche,c'est juste après.

 

Cet homme prêche-t-il une communauté geek prosternée à ses pieds ou s'apprête-t-il à être arrêté par les gardiens du temple de Lucasfilm ?

 

Moins funky qu'à son habitude mais dans une écriture d'une simplicité et d'une limpidité absolue, Rafik Djoumi s'inscrit ici, comme à son habitude, dans une démarche critique que j'admire énormément : avec ce qu'il faut d'érudition mise à la portée du plus grand nombre, il parvient à faire partager non pas la vérité ou la valeur objective d'une oeuvre (chose à laquelle s'attachent trop de critiques), mais une vision sur la création cinématographique à laquelle j'adhère parfaitement. Mettant le facteur humain en avant, il propose une analyse de l'oeuvre de Lucas à travers la personnalité de son auteur comme une projection constante de ses obsessions, de ses aspirations, de ses névroses, de son histoire tout simplement. Le côté biographie, assez fourni dans les premiers chapitres, n'est là que pour mettre en lumière et décrypter les futurs choix artistiques de Lucas, dont la carrière complexe n'a peut-être pas d'équivalent en matière de volte-faces et de contradictions, mais aussi d'influence sur la production cinématographique de son époque.

 Il nous permet en outre de retracer l'époque charnière où une célèbre génération de cinéastes ont provoqué, de manière diverse, le basculement entre le cinéma exigent des 70s et le cinéma populaire des 80s, et raconte comment (et surtout pourquoi) Lucas est passé du statut de cinéaste le plus expérimental de la bande et plus proche collaborateur de Coppola, à celui de golden boy hollywoodien en phase avec le public aux côtés de Spielberg, puis businessman redoutable et froid.



              

 Sans surprise, l'influence de Gary Kurtz et de Joseph Campbell font partie des moments forts du livre

 

Enfin il relève, grâce à une structure volontairement calquée sur celle de la théorie de Joseph Campbell, comment le "mythe" que Lucas a péniblement construit pour Star Wars renvoie à sa propre histoire, à son propre mythe. Pour tous les fans de la saga, voilà le livre français dans lequel est expliqué tout ce qu'elle doit à son créateur, mais aussi ce qu'elle ne lui doit pas, insistant sur l'importance capitale dans la réussite de l'oeuvre de quelques collaborateurs peu à peu effacés des tablettes par l'histoire "officielle" voulu par Lucas... Jamais gratuit dans la critique ni dans l'éloge, riche tant en anecdotes qu'en informations sur la façon dont se font les films, le livre n'a qu'un seul défaut : celui d'être trop court. On sent qu'il y a encore pas mal sous la pédale, et on espère que ce livre trop confidentiel (l'édition présente quelques signes extérieurs de manque de moyens) sera le premier d'une belle série...

lien permanent